« Les défaitistes n’ont pas compris que cette élection n’a rien à voir avec moi, mais avec vous »

Frissons. Pendant plus de 30 minutes, le discours de candidature -désormais officielle- de Barack Obama hier soir, en clôture de la convention de Denver, a fait vibrer « The Blue Note« , salle de spectacle de la petite ville de Columbia, Missouri, où s’étaient réunis les supporters démocrates pour écouter leur leader. On pourra lire aujourd’hui dans la presse toutes les analyses, tous les commentaires sur ce discours (peut-être le plus important de la carrière d’Obama, selon The Washington Post). Ce que j’ai pu lire sur les visages à Columbia hier, c’est une émotion forte, un espoir partagé, la conviction que oui, ce candidat-là est le bon et ira jusqu’au bout pour tourner la page George Bush.

Un vieux monsieur barbu à béret, la voix tremblante, m’expliquait à la sortie qu’il n’avait jamais vu un candidat aussi proche de ses valeurs. « Maintenir le rêve américain en vie, oui, ça me parle« , me confiait-il. « The American promise« , a en effet répété Barack Obama en fin de discours, faisant référence à celui, célèbre, de Martin Luther King donné à Washington 45 ans plus tôt jour pour jour. « Amérique, nous ne pouvons pas faire demi-tour, nous ne pouvons pas marcher seuls« , a-t-il lançé comme un refrain, en écho à son « Yes We Can » désormais entonné à chaque meeting.

Oubliée, la fracture entre pro-Obama et pro-Hillary, au « Blue Note » chacun croyait fermement à l’unité du parti démocrate derrière son candidat. Et pour ceux qui railleraient encore l’incompétence, les défauts ou les handicaps du sénateur de l’Illinois, Barack Obama a eu ce mot qui a déchaîné la salle : « les défaitistes n’ont pas compris que cette élection n’a rien à voir avec moi, mais avec vous ! » Effet garanti.

Très offensif aussi contre son adversaire républicain, Obama s’est attaché à dépeindre John McCain comme un homme d’appareil du passé, présent dans « l’establishment » politique depuis 26 ans, en accord avec George Bush « 90% du temps« . Et a eu cette petite formule reçue sous les applaudissements et les houras dans le Missouri : « lors des moments-clés comme celui-ci, le changement dont nous avons besoin ne vient pas de Washington, il s’impose à Washington ! »

« J’étais optimiste avant ce discours. Je suis encore plus optimiste maintenant« , se réjouissait Bob Pund, candidat dans le 25ème district du Missouri (comté de Boone) aux élections à la Chambre des représentants cet automne.

On pourra analyser et commenter le fond du discours et la plateforme politique du candidat Obama comme on veut. Mais hier soir, ce qui frappait dans cette salle à Columbia, c’était le charisme et la force d’entraînement de Monsieur Barack.

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Chassez ces clichés…

Article publié sur le site de L’Express pour le blog spécial « Elections US » réalisé par des étudiants en journalisme

Finalement, la politique c’est simple. Du moins, certains militants ont le chic pour la rendre simple. Pour ne pas dire carrément simpliste. On a beau vouloir éviter les clichés, certains se font un plaisir de les réactiver. Exemple aujourd’hui sur le campus de l’Université du Missouri, à Columbia, dans le Midwest américain. J’y ai rencontré les militants républicains qui ouvrent chaque jour un stand pour faire campagne pour John McCain.

L’un d’eux, Nick McKague, 19 ans, étudiant en science politique, m’explique qu’il ne se soucie guère de son candidat (il soutenait Mike Huckabee lors des primaires) mais milite activement contre le démocrate Barack Obama qu’il trouve beaucoup trop « libéral » (au sens américain du terme, c’est-à-dire « progressiste »). Je lui demande pourquoi et là, j’ai le droit au discours pré-mâché, au refrain 1000 fois répété :

Obama est pro-avortement, je suis contre. Il est pour un contrôle du port d’arme, je suis contre. Il est pour une augmentation des taxes, je suis contre. Il est contre la guerre en Irak, je ne suis pas pour la guerre mais je ne suis pas pour un retrait des troupes non plus.

Je lui demande s’il est satisfait de George Bush.

Oui, je suis très content de Bush, il a dû gérer une présidence très difficile.

Et que pense-t-il de John McCain ?

Il est trop libéral pour moi. Il se dit plus conservateur maintenant pour la campagne mais je crois qu’il ment, il reste très libéral au fond de lui.

Le débat, donc, se limiterait à « libéral versus conservateur ». Quelle richesse ! Un étudiant en business qui passe par là à vélo en rajoute une couche dans la caricature.

Les Démocrates sont tous des fainéants ! Il faut que les gens arrêtent de demander de l’argent (au gouvernement, ndlr) et gagnent leurs revenus eux-mêmes. Voter Républicains c’est voter pour le travail.

Tiens, « le travail », ça ne vous rappelle rien ? En voilà un slogan simpliste. Et donc forcément efficace…

Divine surprise pour les pro-McCain de Washington

Article publié sur le site de L’Express pour le blog spécial « Elections US » réalisé par des étudiants en journalisme

Dans une ville à très forte majorité démocrate (pour ne pas dire à la quasi unanimité : en 2004, le candidat démocrate John Kerry avait remporté 90% des suffrages à Washington, DC), faire campagne pour le républicain John McCain a de quoi démoraliser même ses plus fervents supporters. D’ailleurs, c’est peu dire qu’on ne voit pas beaucoup les pro-McCain sillonner la ville quand leurs adversaires pro-Obama sont actifs, partout. Alors, lorsque par l’opération du Saint-Esprit un immense rassemblement de Chrétiens conservateurs anti-avortement (le « Call« ) est organisé ce samedi sur le Mall (la célèbre esplanade du coeur de la ville reliant le Congrès au Lincoln Memorial), ni une, ni deux, les militants républicains sont au rendez-vous pour une opération tractage.

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« On sait que les participants présents ici sont plus enclins à voter pour le Sénateur McCain que pour Barack Obama alors on peut espérer créer des contacts« , reconnaît Travis Smith, jeune directeur du pôle social-conservateur de Washington. « Car de manière générale, c’est difficile de faire campagne à DC (District of Columbia, ndlr). On est mieux en Virginie (l’Etat voisin au sud de la ville, ndlr). Et plus on va au sud, plus il y a d’électeurs républicains« .

CallMall1.jpgUne vingtaine de « volunteers » pro McCain ont donc répondu au « Call on the Mall », où des centaines d’évangélistes et de croyants de différentes confessions chrétiennes prient ensemble au son d’un groupe aux accents rock qui se déchaîne sur la scène. Le chanteur, Lou Engle, prêche en musique pour « le retour de la moralité dans la société« . « Jésus, délivre-nous« , « Saint-Père, montre-nous Ta grandeur« , « Stop à l’immoralité sexuelle et à la perversion« , « Justice pour les pauvres au nom de Jésus« … A l’évocation de ces « slogans », la foule crie, applaudit, tend les bras vers le ciel, se donne la main. Une militante pro McCain qui souhaite rester anonyme distribue des flyers à l’effigie de son candidat. « L’accueil est bon, les gens sont très agréables avec nous. C’est la première fois que je fais ça et je passe un bon moment ! »

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Mais tout le monde ne voit pas d’un très bon oeil cette irruption de la campagne présidentielle dans ce moment de prière collective. « Aujourd’hui, on est là pour le culte et uniquement le culte. Je crois qu’il serait mieux que les militants pro McCain ne viennent pas récupérer l’évènement« , explique Mark Case, pasteur et ancien missionnaire qui distribue depuis sa camionnette des exemplaires d’un recueil de citations bibliques. « Bien sûr, le politique ne peut pas être séparé du religieux car tout est lié à la foi, mais on a beaucoup d’autres occasions pour parler de la campagne, ce n’est pas vraiment le lieu ici« .

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Qu’importe, Travis Smith ne compte pas manquer l’appel. Pour une fois qu’on accepte ses flyers et qu’il faut même aller recharger le stock, il ne va pas se faire voler ce plaisir. Et tant pis si le positionnement de John McCain, notamment sur l’avortement, se veut plus modéré que celui des évangélistes présents ce matin sur le Mall.

Mission : Denver !

Article publié sur le site de L’Express pour le blog spécial « Elections US » réalisé par des étudiants en journalisme

Jonathan et Jody sont deux jeunes militants démocrates très excités : pour la première fois, ils vont participer à la convention nationale de leur parti, grand rendez-vous de la campagne présidentielle qui devrait voir Barack Obama officiellement investi candidat démocrate. Mais le chemin qui les attend depuis Washington, DC, où ils résident, jusqu’à Denver, Colorado, où se tient la convention du 25 au 28 août, ressemble à un parcours du combattant. Car pour espérer accéder aux évènements les plus importants et donc les plus courus (discours d’Obama le 28 dans un grand stade de 75.000 places, d’Hillary Clinton le 26, de Bill Clinton le 27…), Jonathan et Jody vont devoir bosser dur. Un seul mot d’ordre : « Networking » (en français, multiplier les contacts) !

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Et ça commence par la réunion donnée ce lundi à la Bibliothèque Martin Luther King par un délégué démocrate de DC, Jeffrey Richardson (et président de l’association Obama4UnityBeatsMcCain), où nos JoJos super-motivés sont venus glâner quelques précieuses infos auprès de militants plus avertis. Tour à tour, les vieux routiers des conventions prennent la parole pour partager leurs expériences hors du commun. « C’est l’évènement le plus fort d’une vie toute entière… hors mariage et naissances ! » lâche un participant sous les rires de l’assistance. « Vous passerez à côté de l’élection si vous n’y allez pas ! » ajoute, catégorique, une femme enthousiaste. « Cette convention ne ressemblera à aucune autre à cause du caractère historique de cette élection« , affirme Jeffrey Richardson.

Et puis, les conseils abondent. Jonathan et Jody notent minutieusement :

1. Montrez-vous ! Rencontrez les gens ! Parlez-leur !

« Denver sera rempli de militants (en plus des habitants de la ville), alors allez-leur parler, soyez ouverts aux opportunités ! Et même si vous ne pouvez pas entrer à un évènement, croyez-moi, vous vivrez encore l’expérience dans son intégralité »

2. Allez aux petits-déjeuners le matin !

« C’est là que vous prendrez connaissance du programme intégral de la journée. Il y a des dizaines d’évènements chaque jour, beaucoup seront consacrés à l’assurance santé, ça devrait être un thème fort cette année »

3. Faites la fête le soir !

« Il y aura une réception du parti organisée chaque soir au Kodak Theatre. Pas de timidité, soyez curieux, à ces soirées les gens seront en pleine forme et de bonne humeur, vous pourrez approcher des célébrités, c’est le moment idéal pour vous présenter ! ».

4. Rendez-vous au Crowne Plaza !

« Les délégués démocrates de DC seront logés dans cet hôtel de Denver donc n’hésitez pas à y faire un tour pour recueillir des infos ».

5. Allez parler aux « speech coachs » !

« Les speech coachs ont un immense rôle pendant la convention, ce sont eux qui entraînent les participants avec leurs discours. Ils connaissent parfaitement les rouages de la campagne, ils pourront vous être utiles si vous souhaitez faire de la politique plus tard. Souvenez-vous qu’Obama est né le jour de son discours à la dernière convention à Boston en 2004 (John Kerry candidat, ndlr), il a capté l’instant ce jour-là et n’a pas lâché depuis ».

Leçon de networking en poche, Jo & Jo n’oublient pas d’aller serrer la pince à « Jeffrey » avant de repartir. « C’est très important pour nous car on veut avoir des places pour le discours final d’Obama. Chaque délégué à un quota de tickets limité alors il faut se placer dès maintenant ! » explique Jonathan. Il ne sait pas encore où il dormira sur place, certainement « chez un pote de pote de pote« , mais ce n’est pas un souci. L’important, c’est d’aller soutenir activement son candidat, dont il croit fermement en la victoire. « Et de toute façon, s’il ne gagne pas, je quitte le pays ! » s’exclame Jody.