Un bus contre Bush

Au marché de Columbia samedi dernier, je suis tombé sur un drôle de véhicule, stationné sur le parking : un bus, tout entier dédié au « Bush Legacy » (l’héritage de Bush) sur le mode « échec monumental » du président. Columbia était l’une des 150 étapes de la tournée nationale du bus à bord duquel l’organisation « Americans United For Change » traverse le pays pendant toute la campagne avec un message simple : « No More! »

Les « passagers », les bras encombrés de tomates et de courgettes, étaient conviés à une rapide plongée dans l’enfer : administration va-t-en guerre présentée sous la forme d’un organigramme militaire, fausse pompe à essence estampillée « Grand Oil Party » (oil = pétrole, en référence au « Grand Old Party », le surnom du Parti républicain), vidéo des victimes délaissées de l’ouragan Katrina, graphiques et statistiques sur l’environnement menacé, explications de texte sur les droits des travailleurs entamés (le premier syndicat du pays, AFL-CIO, est partenaire de l’opération).

Pour sûr, ça ne rigolait pas dans le bus et, visiblement, ceux qui avaient pris bord étaient touchés. « Nous devons relever le pays » s’est exprimé avec gravité un homme à sa voisine qui acquiesça de la tête, sans un mot. « Merci beaucoup pour ce que vous faites, c’est tellement important« , s’est exclamée plusieurs fois une dame auprès de la jeune attachée de presse.

Mais qui se cache derrière la petite porte ?

D’après l’attachée de presse, l’accueil du bus est « globalement très positif« . « Oh bien sûr, il y a des Républicains qui nous font savoir qu’ils ne sont pas du tout contents ! » ajouta-t-elle dans un sourire. Etrangement, le bus n’appelle pas explicitement à voter pour Barack Obama. Mais une vidéo de John McCain à l’extérieur du bus s’occupe de faire le lien entre le président sortant et le vétéran du Vietnam.

Condamner la politique de George W. Bush lors de ses 8 années à la Maison Blanche est devenue un sport national, plus franchement original. Mais le bus attirait l’attention sur un point : les démocrates n’ont, théoriquement, aucune excuse pour perdre le 4 novembre. « W » a été leur meilleur atout.

Informations sur les prochaines étapes du bus : www.bushlegacytour.com

Chassez ces clichés…

Article publié sur le site de L’Express pour le blog spécial « Elections US » réalisé par des étudiants en journalisme

Finalement, la politique c’est simple. Du moins, certains militants ont le chic pour la rendre simple. Pour ne pas dire carrément simpliste. On a beau vouloir éviter les clichés, certains se font un plaisir de les réactiver. Exemple aujourd’hui sur le campus de l’Université du Missouri, à Columbia, dans le Midwest américain. J’y ai rencontré les militants républicains qui ouvrent chaque jour un stand pour faire campagne pour John McCain.

L’un d’eux, Nick McKague, 19 ans, étudiant en science politique, m’explique qu’il ne se soucie guère de son candidat (il soutenait Mike Huckabee lors des primaires) mais milite activement contre le démocrate Barack Obama qu’il trouve beaucoup trop « libéral » (au sens américain du terme, c’est-à-dire « progressiste »). Je lui demande pourquoi et là, j’ai le droit au discours pré-mâché, au refrain 1000 fois répété :

Obama est pro-avortement, je suis contre. Il est pour un contrôle du port d’arme, je suis contre. Il est pour une augmentation des taxes, je suis contre. Il est contre la guerre en Irak, je ne suis pas pour la guerre mais je ne suis pas pour un retrait des troupes non plus.

Je lui demande s’il est satisfait de George Bush.

Oui, je suis très content de Bush, il a dû gérer une présidence très difficile.

Et que pense-t-il de John McCain ?

Il est trop libéral pour moi. Il se dit plus conservateur maintenant pour la campagne mais je crois qu’il ment, il reste très libéral au fond de lui.

Le débat, donc, se limiterait à « libéral versus conservateur ». Quelle richesse ! Un étudiant en business qui passe par là à vélo en rajoute une couche dans la caricature.

Les Démocrates sont tous des fainéants ! Il faut que les gens arrêtent de demander de l’argent (au gouvernement, ndlr) et gagnent leurs revenus eux-mêmes. Voter Républicains c’est voter pour le travail.

Tiens, « le travail », ça ne vous rappelle rien ? En voilà un slogan simpliste. Et donc forcément efficace…

Et Debeulya s’envola…

Dis-donc, tu devineras jamais où j’étais cet après-midi ! Allez si, devine… Non… Non… Non plus… Bon tu trouveras pas… A la Maison Blanche ! Tu déconnes ?! Si, si je te jure, pour de vrai… J’étais dans le jardin derrière et là, y’a Bush qui sort de chez lui, comme ça, et il monte dans son hélicoptère, tout simplement. Il m’a fait coucou, même. Non, arrête tes conneries ! Ben regarde si tu me crois pas…

Vodpod videos no longer available.

Après le départ de W. dans la bourrasque, j’ai pris sa place, hop, ni vu ni connu, au pupitre de la salle de conférence de presse. Et dis, le journaliste du « Washington Post » il rigole pas avec ses questions…

Ah, ça fait plaisir de te retrouver blogounet, tu m’as manqué hein…

J’ai entendu un « Obamacon » quelque part

Après les néocons, les Obamacons ! Obamacon ? Curieux néologisme employé aujourd’hui par l’éditorialiste influent Robert D. Novak dans sa tribune du Washington Post (le quotidien concurrent – en plus prestigieux, hum – de mon Washington Times). Par « Obamacon », Novak identifie les conservateurs pro-Obama, ou du moins les Républicains qui semblent prendre leur distance vis-à-vis de « leur » candidat naturel, John McCain. Une tendance en pleine émergence semble-t-il. Pour l’instant, Novak en compte au moins deux : l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell et… Chuck Hagel, ex-sénateur républicain du Nebraska. Lequel ex-sénateur ai-je entendu ce matin, lors de son discours sur la politique étrangère donné à la presitigieuse Brookings Institution à l’occasion de la publication de son livre America: our next chapter. (pour faire court, la Brookings Institution est ce « think tank » – ou « cercle de réflexions » – très réputé à Washington au sein duquel de nombreux chercheurs conduisent des travaux destinés à influencer les décideurs politiques).

Chuck Hagel serait donc un Obamacon. Voyons cela de plus près. Vétéran du Vietnam, expert écouté sur les relations internationales, Chuck Hagel s’est livré ce matin à un exercice un tantinet professoral mais néanmoins nécessaire de « mémo » adressé aux deux candidats à la Maison Blanche pour leur rappeler quelles devaient être les priorités des Etats-Unis en terme de politique étrangère pour les années à venir. Lire la suite

« Mais pourquoi nous détestent-ils ? »

Les Américains n’ont pas fini de se poser la question, en témoigne une conférence très intéressante organisée ce matin à Washington par la commission des Affaires étrangères du Congrès. « Nous sommes tous Américains » écrivait en édito du Monde Jean-Marie Colombani au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, traduisant un élan mondial de sympathie et de soutien aux victimes du World Trade Center. Pourtant, depuis 2002, la popularité des Etats-Unis dans le monde n’a fait que décliner : en 2006, seulement 23% des pays du globe comptaient parmi leur population une majorité favorable à Washington contre 83% quatre ans plus tôt. « Nous n’avons jamais vu des chiffres si bas« , rapporte un analyste. Que s’est-il passé ?

La commission (composée de 5 démocrates et 3 républicains) s’est basée sur une série d’études et de sondages pour parvenir à la conclusion suivante : « les habitants d’autres pays ne nous aiment pas, non pas à cause de nos valeurs, mais parce que nous ne sommes pas toujours en phase avec ces valeurs« . Balayée, la théorie culturaliste séduisante mais simpliste du « clash des civilisations » défendue par Samuel Huntington. Ignoré, l’anti-américanisme primaire réactivé par une poignée d’extrémistes en guerre contre l’Occident et ses valeurs de liberté et de démocratie. Si les Etats-Unis ont perdu tant de discrédit dans le monde, ce serait avant tout à cause du contenu de leur politique étrangère. « Les étrangers perçoivent comme hypocrite la manière dont nos politiques contredisent certaines de nos valeurs et créent une dissonnance entre nos actes et notre rhétorique », explique le rapport publié. Exemples : l’unilatéralisme décomplexé en Irak, le soutien à certains régimes autoritaires, le manque d’implication dans la résolution du conflit israélo-palestinien, la torture perpétrée contre des prisonniers en violation des traités internationaux.

Chose surprenante, le nom de George W. Bush n’a presque pas été prononcé au cours de la matinée, le « nous » l’emportant largement. Comme si l’ensemble de l’administration et des élus du peuple américain portait la responsabilité de ce fiasco diplomatique. Les noms d’Obama et de McCain, eux, ont fusé, traduisant tout de même l’impatience des parlementaires à tourner la page Bush. Si les deux candidats à la Maison Blanche s’opposent fermement sur la stratégie à conduire en Irak (partir au plus vite, pour le premier, ou rester au moins jusqu’en 2013, pour le second), ils se rejoignent pour condamner les pratiques de torture et fermer la prison de Guantanamo. Cela sera-t-il suffisant pour retrouver la popularité perdue à l’étranger ? On le sait, quand la confiance s’effondre, il faut du temps, beaucoup de temps, pour la regagner…

Le rapport de la commission est disponible en format PDF ici