Et, à J-5, Obama vint souffler le changement à Mizzou

En une poignée de minutes lundi soir, le scoop avait fait le tour de Columbia, Missouri : Barack Obama himself donnerait un meeting (un rally, comme ils disent ici) sur le campus de l’Université jeudi 30 octobre à 5 jours du scrutin. Toute la semaine, on n’a parlé que de ça. Pourquoi revenait-il dans le Missouri, deux semaines après sa tournée triomphale à Saint-Louis et Kansas City ? Un Etat important sans doute, un battleground, comme ils disent ici. Pourquoi venir dans une ville étudiante, largement acquise aux Démocrates ? Pour y puiser de l’énergie, peut-être, dans la dernière ligne droite. Il y avait ceux qui feignaient la non-surprise : « Bien sûr, je savais qu’il viendrait ».

Et puis surtout, on commençait à élaborer une stratégie pour être le mieux placé, le voir au plus près. Discours à 21h30, ouverture des portes à 19h30 : les plus téméraires ont lancé la file d’attente à midi. Toute l’après-midi, la file s’allongeait à bon rythme, très encadrée par les jeunes volontaires de la campagne d’Obama. Pas question de doubler. Pour distraire les suiveurs, on vendait des T-shirts, des pin’s, des pancartes Obama. Le campus entier avait pris l’allure d’un centre de rationnement protégé par Saint Barack. On demandait, inquiet, des nouvelles de la queue : « Savez-vous où elle s’arrête ? » « Je crois qu’elle a atteint Domino’s Pizza, dépêchez-vous ! » Trop tard, elle venait déjà de dépasser McDonald’s.

Même à l’entrée des journalistes, il fallait déployer des trésors de ruse pour être certain d’accéder aux tribunes presse. Se faire passer pour un correspondant d’un grand quotidien étranger. Forcer son accent. Etre poli, mais ferme. Et sourire largement.

Au final, pas de drame, tout le monde a pu entrer. Pays de l’efficacité. 35.000 à 40.000 personnes selon les organisateurs ET la police. Pays du consensus. Barack Obama a démarré son discours à l’heure, voire 3 minutes en avance. Pays de la ponctualité. On avait aussi pensé aux citrouilles au pied du pupitre, l’intéressé à vivement apprécié. Pays de l’entertainment.

Un discours de 33 minutes, rodé, sans surprise, qui, au terme d’une interminable campagne, tend à s’essouffler. « Vous ne voulez pas en reprendre pour 4 ans ? Dans 5 jours, changeons la face de l’Amérique ! » Barack Obama n’a plus besoin de se forcer : devant une foule exaltée, la mayonnaise prend, et c’est émouvant.

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Un McCain sauce barbecue, please

Quand John McCain vient en tournée électorale à Columbia, Missouri, il évite soigneusement le centre-ville, rempli de jeunes Démocrates. Où s’arrête-t-il alors ? Sur la zone commerciale, entre deux voies rapides, accessible seulement en voiture. Et que fait-il ? Il prend un lunch très informel avec des chefs de petites entreprises locales dans le « restaurant » le plus glauque de la zone, le simplement nommé « Buckingham Smokehouse Bar-B-Q« . La table à la fenêtre avec sa banquette rouge sera par-faite. Au menu, des gros haricots et du « coleslaw » (salade à base de chou cru). La sauce barbecue, bien sûr, est sur la table, avec ketchup et mayo. Faites pas trop gras, après je lutte pour perdre mon embonpoint.

Le cochon de Buckingham

Katie Fudge, la jeune employée de 20 ans qui a eu l’honneur de servir le candidat lundi dernier, a confié au journal local, le Columbia Missourian, qu’elle était un peu nerveuse mais que John McCain avait été « très, très sympathique » et qu’il s’était conduit comme une personne tout à fait normale. « Je n’ai pas eu l’occasion de lui parler beaucoup », a-t-elle admis. Elle s’est dit moins excitée que son grand-père quand il apprit la nouvelle, lui qui a servi l’armée américaine en Corée sous les ordres de McCain père. On le comprend. Le patron du resto n’avait pas grand chose à dire non plus, si ce n’est qu’il reconnaissait avoir nourri ce jour-là « des gens plus intéressants que d’habitude« . Les habitués de « Buckingham Smokehouse Bar-B-Q » apprécieront.

John McCain, au salut très bushien

Les 150 supporters de John McCain qui attendaient, pancartes à la main, le candidat à la sortie de son festin, n’ont pas été déçus. Ils ont vu leur héros 2 minutes 30, le temps qu’il regagne sa voiture. Les plus chanceux sont parvenus à lui serrer la main, parfaitement propre. Debbie Jones, employée dans une compagnie d’assurance, n’a pu qu’effleurer son bras mais ah qu’elle était contente. Elle reste très optimiste sur l’issue du scrutin et d’ailleurs, elle ne croit pas du tout aux sondages qui donnent Barack Obama gagnant. N’ayant elle-même jamais été sondée, elle se demande qui sont les gens interrogés et où on est allé les chercher. « Ils peuvent très bien dire qu’ils sondent et en fait inventer les chiffres ». A Buckingham, rien n’était inventé. On était dans le vrai du Midwest.

Debbie Jones, à l’endroit

Photos : Mélissa Bounoua

Un bus contre Bush

Au marché de Columbia samedi dernier, je suis tombé sur un drôle de véhicule, stationné sur le parking : un bus, tout entier dédié au « Bush Legacy » (l’héritage de Bush) sur le mode « échec monumental » du président. Columbia était l’une des 150 étapes de la tournée nationale du bus à bord duquel l’organisation « Americans United For Change » traverse le pays pendant toute la campagne avec un message simple : « No More! »

Les « passagers », les bras encombrés de tomates et de courgettes, étaient conviés à une rapide plongée dans l’enfer : administration va-t-en guerre présentée sous la forme d’un organigramme militaire, fausse pompe à essence estampillée « Grand Oil Party » (oil = pétrole, en référence au « Grand Old Party », le surnom du Parti républicain), vidéo des victimes délaissées de l’ouragan Katrina, graphiques et statistiques sur l’environnement menacé, explications de texte sur les droits des travailleurs entamés (le premier syndicat du pays, AFL-CIO, est partenaire de l’opération).

Pour sûr, ça ne rigolait pas dans le bus et, visiblement, ceux qui avaient pris bord étaient touchés. « Nous devons relever le pays » s’est exprimé avec gravité un homme à sa voisine qui acquiesça de la tête, sans un mot. « Merci beaucoup pour ce que vous faites, c’est tellement important« , s’est exclamée plusieurs fois une dame auprès de la jeune attachée de presse.

Mais qui se cache derrière la petite porte ?

D’après l’attachée de presse, l’accueil du bus est « globalement très positif« . « Oh bien sûr, il y a des Républicains qui nous font savoir qu’ils ne sont pas du tout contents ! » ajouta-t-elle dans un sourire. Etrangement, le bus n’appelle pas explicitement à voter pour Barack Obama. Mais une vidéo de John McCain à l’extérieur du bus s’occupe de faire le lien entre le président sortant et le vétéran du Vietnam.

Condamner la politique de George W. Bush lors de ses 8 années à la Maison Blanche est devenue un sport national, plus franchement original. Mais le bus attirait l’attention sur un point : les démocrates n’ont, théoriquement, aucune excuse pour perdre le 4 novembre. « W » a été leur meilleur atout.

Informations sur les prochaines étapes du bus : www.bushlegacytour.com

Mais qui est donc Don Cheadle ?

Appareil photo et calepin bien en place, j’étais parti jeudi dans l’idée de faire un petit reportage sur ces « College Democrats » (jeunes militants démocrates) qui viennent régulièrement sur le campus de University of Missouri pour inciter les étudiants à s’inscrire sur les listes électorales et voter le 4 novembre prochain pour Barack Obama.

Patatras ! Un homme célèbre est soudainement apparu et a bouleversé mon sujet. Une star, un énorme VIP : Don Cheadle.

Qui ? L’acteur Don Cheadle, enfin, ! Connaissez pas ? Euh, moi non plus en fait, et j’étais bien le seul ce jour-là… Mais maintenant, je connais (et peux concurrencer avec le blog people de Sayseal), c’est l’acteur principal de Hotel Rwanda, sorti en 2005 en France. Et né à Kansas City, dans le Missouri. Tout se tient.

Don Cheadle, en images, encourageant les étudiants à venir voter en masse pour le candidat démocrate :

Vodpod videos no longer available.

Howard Dean sans chichi

Howard Dean était samedi matin sur le campus de Mizzou (petit nom de University of Missouri).

Howard Dean est le chef du comité national du Parti démocrate. C’est donc, disons pour faire court, l’équivalent de notre François Hollande national. Il fut aussi gouverneur de l’Etat de Vermont, dans le Nord-Est des Etats-Unis, quand d’autres dirigent le Conseil général de Corrèze, dans le ventre de la France. Et il fut candidat malheureux aux primaires démocrates pour la présidentielle de 2004, à relativiser devant la frustration d’échouer au poste de Première Dame de France. Je m’égare…

Howard Dean, donc, était samedi matin sur le campus de Mizzou. Une étape parmi tant d’autres sur la longue route des campus américains qu’entreprend Howard Dean à bord de son bus bleu « Register For Change » (« Inscrivez-vous pour que ça change »). Car les Démocrates ont fait leur compte : cette fois, pour gagner, ils doivent absolument faire venir aux urnes les primo-votants, ces nouveaux électeurs plus enclins à voter Obama mais qui, par flemme ou simple oubli, ne s’inscrivent pas sur les listes à temps. Le président des College Democrats de Mizzou ne cesse de le répéter avec un ton grave : « Without first-time voters, Obama is not going to win« . Etudiants, vous êtes prévenus !

Le président des College Democrats de university of Missouri

L’ambiance ce matin était très bonne franquette, provinciale allais-je dire mais disons-le malgré le politiquement correct. Howard Dean est descendu de son bus comme si je descendais de ma voiture, sans chichi. Ah si, il y avait quand même Bruce Springsteen (« The Rising« , véritable hymne des Démocrates) à fond dans la sono. Et une centaine de personnes (peut-être 150) qui attendaient, pancartes à la main. Son discours fut efficace, s’attardant sur les problèmes économiques et sociaux, la précarisation des étudiants (forcément) et l’absence de couverture maladie universelle, thèmes largement applaudis.

Howard Dean

Et puis, Howard Dean s’est longuement arrêté sur l’image (désastreuse) des Etats-Unis dans le monde depuis l’invasion en Irak, rappelant qu’il était temps pour Washington de rétablir « l’autorité morale » du pays sur la scène internationale. Il a rendu un vibrant hommage aux « idéalistes » Truman, Kennedy, Johnson, et Clinton par opposition aux « cyniques » présidents républicains. Il rappela au passage que, selon lui, l’Union européenne prospère, les négociations au Proche-Orient et la paix en Irlande du Nord étaient l’oeuvre de présidents démocrates à l’autorité morale suffisamment forte pour rassembler autour de la table des leaders prompts au changement. Et d’annoncer fièrement que deux nouvelles catégories d’électeurs d’habitude acquis aux Républicains devraient cette fois se ranger aux côtés des Démocrates (ou des idéalistes donc) : les militaires, déprimés par l’Irak, et les businessmen expatriés, qui souffrent de la mauvaise image de leur pays quand vient l’heure de signer des contrats.

Comme on est aux Etats-Unis, Howard Dean était très à l’aise, genre je-suis-en-polo-et-je-lis-même-pas-mes-notes. Après son discours, il s’est naturellement plié au jeu des photos dans la foule, une tape sur l’épaule, une blague avec le voisin, un clin d’oeil à la dame. Quand en France, le sourire fait forcé, ici il passe parfaitement. Les étudiants surexcités de poser avec Howard Dean jetaient leurs appareils photo au garde du corps qui s’exécutait sans broncher.

Mais les étudiants n’étaient pas les seuls réveillés ce matin. Les vieux routiers que l’on croise à chaque meeting avaient bien sûr fait le déplacement.

J’ai attrapé Howard Dean avant qu’il ne remonte dans son bus pour lui demander ce que l’élection de Barack Obama changerait dans les relations franco-américaines. Il m’a répondu que, premièrement, celles-ci s’étaient déjà pas mal réchauffées depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy et son engagement à gagner la guerre contre le terrorisme (aux USA, Sarkozy a, est-ce vraiment surprenant, autant la cote auprès des Démocrates que des Républicains, ndlr). Et que, deuxièmement, pour faire court, les relations ne pourraient qu’être meilleures avec Barack Obama, bien décidé à collaborer avec ses alliés.

Merci Howard, et bon trip !


Obama vu de mon théâtre

C’était jeudi dernier (28 août), au « Blue Note », dans la petite ville de Columbia, Missouri. Des supporters déchaînés suivaient sur écran géant Barack Obama donner son discours de candidat officiel du Parti démocrate à l’élection présidentielle depuis Denver, Colorado. Le discours était précédé de la projection d’un film sur la vie de Barack (et donc de Michelle, de la maman de Barack…). Les organisateurs démocrates de cette « Watch Party » s’étaient appliqués à faire de l’évènement une grande fête. Voilà cette folle soirée, 100% américaine, résumée en 5 minutes de son (en anglais évidemment, cliquer sur le haut parleur) et quelques photos (pas assez pour couvrir tout l’extrait sonore, désolé).

Divine surprise pour les pro-McCain de Washington

Article publié sur le site de L’Express pour le blog spécial « Elections US » réalisé par des étudiants en journalisme

Dans une ville à très forte majorité démocrate (pour ne pas dire à la quasi unanimité : en 2004, le candidat démocrate John Kerry avait remporté 90% des suffrages à Washington, DC), faire campagne pour le républicain John McCain a de quoi démoraliser même ses plus fervents supporters. D’ailleurs, c’est peu dire qu’on ne voit pas beaucoup les pro-McCain sillonner la ville quand leurs adversaires pro-Obama sont actifs, partout. Alors, lorsque par l’opération du Saint-Esprit un immense rassemblement de Chrétiens conservateurs anti-avortement (le « Call« ) est organisé ce samedi sur le Mall (la célèbre esplanade du coeur de la ville reliant le Congrès au Lincoln Memorial), ni une, ni deux, les militants républicains sont au rendez-vous pour une opération tractage.

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« On sait que les participants présents ici sont plus enclins à voter pour le Sénateur McCain que pour Barack Obama alors on peut espérer créer des contacts« , reconnaît Travis Smith, jeune directeur du pôle social-conservateur de Washington. « Car de manière générale, c’est difficile de faire campagne à DC (District of Columbia, ndlr). On est mieux en Virginie (l’Etat voisin au sud de la ville, ndlr). Et plus on va au sud, plus il y a d’électeurs républicains« .

CallMall1.jpgUne vingtaine de « volunteers » pro McCain ont donc répondu au « Call on the Mall », où des centaines d’évangélistes et de croyants de différentes confessions chrétiennes prient ensemble au son d’un groupe aux accents rock qui se déchaîne sur la scène. Le chanteur, Lou Engle, prêche en musique pour « le retour de la moralité dans la société« . « Jésus, délivre-nous« , « Saint-Père, montre-nous Ta grandeur« , « Stop à l’immoralité sexuelle et à la perversion« , « Justice pour les pauvres au nom de Jésus« … A l’évocation de ces « slogans », la foule crie, applaudit, tend les bras vers le ciel, se donne la main. Une militante pro McCain qui souhaite rester anonyme distribue des flyers à l’effigie de son candidat. « L’accueil est bon, les gens sont très agréables avec nous. C’est la première fois que je fais ça et je passe un bon moment ! »

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Mais tout le monde ne voit pas d’un très bon oeil cette irruption de la campagne présidentielle dans ce moment de prière collective. « Aujourd’hui, on est là pour le culte et uniquement le culte. Je crois qu’il serait mieux que les militants pro McCain ne viennent pas récupérer l’évènement« , explique Mark Case, pasteur et ancien missionnaire qui distribue depuis sa camionnette des exemplaires d’un recueil de citations bibliques. « Bien sûr, le politique ne peut pas être séparé du religieux car tout est lié à la foi, mais on a beaucoup d’autres occasions pour parler de la campagne, ce n’est pas vraiment le lieu ici« .

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Qu’importe, Travis Smith ne compte pas manquer l’appel. Pour une fois qu’on accepte ses flyers et qu’il faut même aller recharger le stock, il ne va pas se faire voler ce plaisir. Et tant pis si le positionnement de John McCain, notamment sur l’avortement, se veut plus modéré que celui des évangélistes présents ce matin sur le Mall.