Divine surprise pour les pro-McCain de Washington

Article publié sur le site de L’Express pour le blog spécial « Elections US » réalisé par des étudiants en journalisme

Dans une ville à très forte majorité démocrate (pour ne pas dire à la quasi unanimité : en 2004, le candidat démocrate John Kerry avait remporté 90% des suffrages à Washington, DC), faire campagne pour le républicain John McCain a de quoi démoraliser même ses plus fervents supporters. D’ailleurs, c’est peu dire qu’on ne voit pas beaucoup les pro-McCain sillonner la ville quand leurs adversaires pro-Obama sont actifs, partout. Alors, lorsque par l’opération du Saint-Esprit un immense rassemblement de Chrétiens conservateurs anti-avortement (le « Call« ) est organisé ce samedi sur le Mall (la célèbre esplanade du coeur de la ville reliant le Congrès au Lincoln Memorial), ni une, ni deux, les militants républicains sont au rendez-vous pour une opération tractage.

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« On sait que les participants présents ici sont plus enclins à voter pour le Sénateur McCain que pour Barack Obama alors on peut espérer créer des contacts« , reconnaît Travis Smith, jeune directeur du pôle social-conservateur de Washington. « Car de manière générale, c’est difficile de faire campagne à DC (District of Columbia, ndlr). On est mieux en Virginie (l’Etat voisin au sud de la ville, ndlr). Et plus on va au sud, plus il y a d’électeurs républicains« .

CallMall1.jpgUne vingtaine de « volunteers » pro McCain ont donc répondu au « Call on the Mall », où des centaines d’évangélistes et de croyants de différentes confessions chrétiennes prient ensemble au son d’un groupe aux accents rock qui se déchaîne sur la scène. Le chanteur, Lou Engle, prêche en musique pour « le retour de la moralité dans la société« . « Jésus, délivre-nous« , « Saint-Père, montre-nous Ta grandeur« , « Stop à l’immoralité sexuelle et à la perversion« , « Justice pour les pauvres au nom de Jésus« … A l’évocation de ces « slogans », la foule crie, applaudit, tend les bras vers le ciel, se donne la main. Une militante pro McCain qui souhaite rester anonyme distribue des flyers à l’effigie de son candidat. « L’accueil est bon, les gens sont très agréables avec nous. C’est la première fois que je fais ça et je passe un bon moment ! »

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Mais tout le monde ne voit pas d’un très bon oeil cette irruption de la campagne présidentielle dans ce moment de prière collective. « Aujourd’hui, on est là pour le culte et uniquement le culte. Je crois qu’il serait mieux que les militants pro McCain ne viennent pas récupérer l’évènement« , explique Mark Case, pasteur et ancien missionnaire qui distribue depuis sa camionnette des exemplaires d’un recueil de citations bibliques. « Bien sûr, le politique ne peut pas être séparé du religieux car tout est lié à la foi, mais on a beaucoup d’autres occasions pour parler de la campagne, ce n’est pas vraiment le lieu ici« .

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Qu’importe, Travis Smith ne compte pas manquer l’appel. Pour une fois qu’on accepte ses flyers et qu’il faut même aller recharger le stock, il ne va pas se faire voler ce plaisir. Et tant pis si le positionnement de John McCain, notamment sur l’avortement, se veut plus modéré que celui des évangélistes présents ce matin sur le Mall.

Et O.B.A.M.A. ne décolla (presque) pas !

Les supporters de Barack Obama sont prêts à tout pour défendre les couleurs de leur champion ! Ce dimanche, au pied du Washington Monument (la grande obélisque du National Mall), ils sont 3 bons potes américains, venus avec des cerfs-volants à l’effigie du candidat démocrate pour lui apporter leur soutien. 5 cerfs-volants pour les 5 lettres d' »OBAMA ». « Si le vent va vers le nord, Obama volera au-dessus de la Maison Blanche avant même d’en avoir les clés ! » s’amuse Mario, originaire du Brésil. « Il paraît que Michelle Obama (la femme de Barack, ndlr) est dans le coin aujourd’hui, peut-être qu’elle va nous voir ! »

Avec ses amis Vijay (d’origine indienne) et Paul, Mario a eu l’idée de ce happening « non dangereux, écolo, non illégal et joli » pour battre John McCain en novembre. « Ces enfants issus de minorités ethniques qu’on voit marcher là-bas… si Obama est élu, ils marcheront différemment, ils se sentiront puissants« , veut croire Mario. « Après des années d’histoire marquée par la ségrégation raciale, un président appartenant à une minorité, ce serait un beau changement« . Le changement ? « C’est difficile à définir, Obama est peut-être trop ambitieux« , estime Paul. « Disons que s’il parvient à réaliser 50% de son programme, ce sera déjà un grand changement« . Paul votera Obama pour son refus de l’occupation de l’Irak et « parce qu’il est le premier vrai progressiste dans son camp depuis très longtemps« .

Vijay, lui, reste un peu à l’écart de la politique. « Je suis juste venu m’amuser. Mais je me sens plus proche des Démocrates et je crois qu’Obama ferait un bon leader« .

En attendant, le vent n’a pas soufflé assez fort pour faire décoller O.B.A.M.A. au dessus de la Maison Blanche. Obama sur le plancher des vaches, un mauvais signe ? « Non, je suis très optimiste pour le scrutin, il va gagner ! » sourit Mario.

« Mais pourquoi nous détestent-ils ? »

Les Américains n’ont pas fini de se poser la question, en témoigne une conférence très intéressante organisée ce matin à Washington par la commission des Affaires étrangères du Congrès. « Nous sommes tous Américains » écrivait en édito du Monde Jean-Marie Colombani au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, traduisant un élan mondial de sympathie et de soutien aux victimes du World Trade Center. Pourtant, depuis 2002, la popularité des Etats-Unis dans le monde n’a fait que décliner : en 2006, seulement 23% des pays du globe comptaient parmi leur population une majorité favorable à Washington contre 83% quatre ans plus tôt. « Nous n’avons jamais vu des chiffres si bas« , rapporte un analyste. Que s’est-il passé ?

La commission (composée de 5 démocrates et 3 républicains) s’est basée sur une série d’études et de sondages pour parvenir à la conclusion suivante : « les habitants d’autres pays ne nous aiment pas, non pas à cause de nos valeurs, mais parce que nous ne sommes pas toujours en phase avec ces valeurs« . Balayée, la théorie culturaliste séduisante mais simpliste du « clash des civilisations » défendue par Samuel Huntington. Ignoré, l’anti-américanisme primaire réactivé par une poignée d’extrémistes en guerre contre l’Occident et ses valeurs de liberté et de démocratie. Si les Etats-Unis ont perdu tant de discrédit dans le monde, ce serait avant tout à cause du contenu de leur politique étrangère. « Les étrangers perçoivent comme hypocrite la manière dont nos politiques contredisent certaines de nos valeurs et créent une dissonnance entre nos actes et notre rhétorique », explique le rapport publié. Exemples : l’unilatéralisme décomplexé en Irak, le soutien à certains régimes autoritaires, le manque d’implication dans la résolution du conflit israélo-palestinien, la torture perpétrée contre des prisonniers en violation des traités internationaux.

Chose surprenante, le nom de George W. Bush n’a presque pas été prononcé au cours de la matinée, le « nous » l’emportant largement. Comme si l’ensemble de l’administration et des élus du peuple américain portait la responsabilité de ce fiasco diplomatique. Les noms d’Obama et de McCain, eux, ont fusé, traduisant tout de même l’impatience des parlementaires à tourner la page Bush. Si les deux candidats à la Maison Blanche s’opposent fermement sur la stratégie à conduire en Irak (partir au plus vite, pour le premier, ou rester au moins jusqu’en 2013, pour le second), ils se rejoignent pour condamner les pratiques de torture et fermer la prison de Guantanamo. Cela sera-t-il suffisant pour retrouver la popularité perdue à l’étranger ? On le sait, quand la confiance s’effondre, il faut du temps, beaucoup de temps, pour la regagner…

Le rapport de la commission est disponible en format PDF ici

Connaissez-vous EveryScape.com ?

On n’arrête pas le progrès… Vous vous souvenez de Google Earth, le site qui permettait de visualiser votre maison grâce à une vue satellite relativement précise ? Oubliez ! Désormais, grâce à EveryScape.com, lancé en octobre 2007, on peut explorer une ville grâce à une balade en 3 dimensions. Le point de vue n’est plus aérien : on est ici comme au volant de sa voiture. Le curseur permet de se déplacer à 360 degrés et même de lever les yeux au ciel. Et les vues panoramiques sont associées à une carte Google Map pour mieux les localiser. Certains bâtiments peuvent même être visités de l’intérieur. Le leitmotiv du site : recréer en ligne le monde réel.

Pour l’instant, le monde réel se limite principalement aux villes américaines. Pékin est aussi au programme, pour ceux qui voudraient visualiser les sites des prochains JO. On peut raisonnablement penser que Paris et Londres seront bientôt de la partie. En fait, EveryScape.com mise sur le Web 2.0 (web participatif) : le site devrait mettre les technologies à disposition des internautes pour qu’ils réalisent eux-mêmes les vues 3D d’espaces urbains. L’effet de masse de l’immense communauté internaute pourrait ainsi rapidement agrandir la liste des métropoles visitables.

En attendant, petit exercice pratique : j’habite depuis le 6 juin à Washington, au 1507 Marion Street. Amusez-vous à repérer ma maison : elle est rouge, sur 2 niveaux, à côté d’une maison blanche. Ne pas oublier en arrivant sur la page de mettre en position « Address Locator » à la place de « Business Name ». Avec un peu de chance, vous me verrez faire coucou par la fenêtre…