Municipales Paris : Vendredi soir, c’était apéro de proximité avec Michèle Blumenthal (12ème, PS)

Michèle Blumenthal ne cesse de le répéter : elle mène « une campagne de terrain ». Il n’y a qu’à voir son agenda des municipales : rempli de « café-rencontres » dans le 12ème. Et si on allait taper la discute avec la maire (PS) sortante autour d’un kir ? Chiche !
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Dans le petit café « l’Edelweiss », entre Bercy et le Cour Saint-Emilion, une vingtaine d’habitants du quartier s’est attablée et attend que leur maire, femme robuste de 64 ans, entourée de ses colistiers, prenne la parole. Oh, ils la connaissent bien, Michèle. La plupart d’entre eux fréquente assidûment les conseils de quartier emblématiques de la mandature Delanoë. Les réunions, les séances de questions, les compte-rendus : ils sont rompus à l’exercice. Certains se reconnaissent et s’en félicitent. On est même parfois voisins. Ce petit monde paritaire (une dizaine de femmes, bavardes, pour autant d’hommes, discrets), plutôt actif (peu de retraités et d’étudiants) et socialement mixte, écoute attentivement l’exposé un peu ennuyeux de Madame le Maire pendant que circule la commande. Le kir, donc, arrive en tête des croix.

Dès que la parole est libérée, les mains se lèvent dans un combat poli pour la prendre. A ce petit jeu, une femme à la voix claire et forte excelle, carnet de notes à l’appui, au point qu’il faudra lui demander d’attendre que chacun ait posé sa question avant de revenir vers elle. C’est Christian Sautter, numéro 2 sur la liste Blumenthal, actuel conseiller de Paris et médiateur bourré d’humour, qui le dit. Bon alors d’accord. C’est toujours à ce moment qu’un intervenant, en l’occurence une femme d’origine libanaise, se lance dans une diatribe insolite qui a peu à voir avec l’objet de la rencontre. La femme se lève et prend vigoureusement Michèle Blumenthal à partie, l’accusant d’avoir laissé le Maire de Paris accrocher dans le parc Yitzhak Rabin le portrait de trois soldats israéliens prisonniers au Liban et dans les Territoires palestiniens, sans soutenir en retour Salah Hamouri, « étudiant franco-palestinien détenu en Israël depuis le 13 mars 2005« . Elle s’emporte, rappelle les mots de Nicolas Sarkozy (« J’irai chercher les Français où qu’ils se trouvent« ) et son soutien à Ingrid Betancourt. « Vous affichez ce portrait à côté des autres« , ordonne-t-elle à Michèle Blumenthal qui prend la photo qu’on lui tend sans résistance. Le portrait est distribué à une assistance mi-amusée, mi-irritée, qui reçoit en prime une dissertation sur le conflit au Proche-Orient. « Bon, de toute façon on ne peut rien y faire, est-ce qu’on peut revenir au 12ème ?« , s’agace la femme au carnet de notes.

« J’entends tout le temps parler de logement social. Ne faites pas de Bercy un ghetto!« 

Un homme costard-cravaté prend la parole, en précisant qu’il vient ce soir « en tant que démocrate« . Voilà : il trouve que « la mixité sociale dans le quartier est réussie » et c’est pour cela d’ailleurs que le 12ème « commence à être mondialement connu« . Mais il s’inquiète, « au nom de cette mixité sociale justement« , d’entendre le terme « logement social » comme un refrain dans la bouche de sa candidate. « Attention à ne pas faire de Bercy un ghetto ! Pensez aux fonctionnaires qui ont des revenus confortables ! » Michèle Blumenthal et ses colistiers rient, l’un d’eux glisse à l’oreille : « elle connaît bien la situation ! » Le maire est professeur d’histoire-géographie en lycée, et « ne compte pas faire du quartier un ghetto, rassurez-vous. Le logement social recouvre une réalité très diverse, ce n’est pas forcément ce que vous croyez« .

La discussion glisse vers « les jeunes » dont le comportement exaspère de plus en plus certaines mères de famille présentes. Selon elles, ces jeunes n’ont pas d’occupation, ils trainent, dans la rue et les cages d’escalier, et donc dérangent. « Quand seront-ils encadrés ? » se demande-t-on. Laurent Touzet, de la liste Blumenthal, annonce l’inauguration prochaine de nouveaux équipements sportifs dans le quartier, dont un gymnase. « Mais sont-ils seulement assez courageux pour faire du sport ? » demande une dame âgée, perplexe. « Mais oui, il faut leur donner un ballon à ces gosses » s’exclame Christian Sautter. « Il existe déjà beaucoup de choses pour eux, mais les jeunes ne sont pas à la recherche de l’information, c’est ça le problème ! » s’agace une autre. Laurent Touzet redouble d’efforts. « Il y aura aussi un centre associatif encadré par des éducateurs, donc des professionnels« . Chacun convient dans l’assistance qu’au fond « ce sont les parents qui ne font pas leur travail« .

Une femme saisit au vol la parole, elle doit partir. Elle se plaint du bruit la nuit causé par les livraisons du supermarché en bas, alors qu’on lui avait promis que cela cesserait. C’est là qu’intervient à nouveau la défenseuse de Salah Hamouri, pour dire qu’elle habite la même rue et qu’elle, elle n’entend strictement rien. « Ah bon ? Pourtant c’est insupportable ! » répond la première. « C’est bizarre, quand même ! » relance la seconde. Christian Sautter n’a pas son pareil pour mettre tout le monde d’accord. « C’est cela, vos fenêtres ne doivent pas donner du même côté !« .

« Si la droite passe à Paris, vous aurez la Défense ! »

On évoque les plaques de métal qui se dessoudent dans le roller park, le maintien de la Foire du Trône sur la pelouse de Reuilly, la « Gazette de Bercy » qui ne doit pas disparaître. Et puis, c’est au tour de la femme très bavarde de reprendre la parole. Elle s’inquiète de la possibilité de construire des tours de 15 étages dans le quartier. Michèle Blumenthal dément mollement la rumeur mais semble préparer le terrain avec un argumentaire qu’elle veut convaincant. « Une réflexion intéressante est menée avec les architectes. Ces derniers ont carte blanche pour réaliser des projets originaux, des « éco-quartiers », des logements « Haute Qualité Environnementale » à toits photovoltaïques, des bâtiments du 21ème siècle et même plus ! » A sa mine, la femme paraît sceptique. Trouvaille de Michèle Blumenthal : « Mais rassurez-vous, rien ne sera décidé sans votre consultation« . C’est exactement ce qu’elle voulait entendre. D’ailleurs, son visage se décontracte. « Ah, donc on sera consulté sur les tours. Alors ça va« . Laurent Touzet revient à la charge « Personnellement, je trouve ça très stimulant de voir des projets innovants à l’étude. On réfléchit à des bâtiments qui mêlent logements et activités à chaque palier« . Christian Sautter, ancien ministre de l’Economie, est le plus habile : « Si la droite passe à Paris, vous aurez la Défense ! Ce sont deux conceptions de l’urbanisme qui s’oppose : d’un côté, un quartier de vie avec des logements, des espaces verts et des activités, de l’autre, un quartier de bureaux où il ne se passe rien après 18 heures !« .

Avant de se quitter, la femme au carnet de notes lance une initiative. « Est-ce qu’on peut faire une mailing list pour faire passer les informations recueillies dans ces réunions ? » Michèle Blumenthal n’a qu’à bien se tenir au café : la proximité n’a pas dit son dernier mot.

« Jeunes actifs » cherchent bel électeur pour « redynamiser » l’est parisien

Ils ont plus de 30 ans, ce qui les exclut mécaniquement du club des « Jeunes Pop ». Ils ne sont pas encore installés dans leurs 45 ans et ne bénéficient donc pas de réseaux sociaux-professionnels solides qui pourraient les lancer en politique. Alors ils ont créé il y a deux ans le club intermédiaire, « Jeunes actifs« , pour fédérer les militants UMP encore pas trop vieux et qui découvrent tout juste sur le terrain le « travailler plus pour gagner plus ». De jeunes sarkozystes dynamiques, souriants et propres sur eux, qui rêvent d’installer Françoise de Panafieu à l’Hôtel de Ville comme ils ont propulsé leur champion à l’Elysée l’an dernier.

Les « Jeunes actifs » du 12ème arrondissement sont presque aussi cools que les jeunes groupies de Delanoë, d’ailleurs ils organisent des « cocktails dinatoires » dans des bars mexicains à Bastille, c’est dire… Ainsi, mercredi dernier (16 janvier), ils s’étaient rassemblés au Chihuahua, boulevard de Bastille, le long du port de l’Arsenal, pour présenter, avec Madame de Panafieu, les têtes de liste UMP de l’est parisien, dont leurs héros locaux, Jean-Marie Cavada et Christine Lagarde, respectivement numéro 1 et numéro 2 dans le 12ème. L’est parisien (10ème, 11ème, 12ème, 13ème, 18ème, 19ème, 20ème), rappelons-le, c’est l’exact opposé de l’ouest, un point cardinal où la droite, s’étant fait laminée en 2001, ne contrôle aucune mairie. Il va donc y avoir du boulot !

Mais quand on en est jeunes et actifs, on n’a peur de rien… Pas même de faire du 18ème (fief de Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant et d’un certain Lionel Jospin) un « cimetière des éléphants » ! Bon courage, donc. Pour le reste, on veut « réveiller » des quartiers endormis, « redynamiser » le tissu économique et social, favoriser un « urbanisme attractif », et passer un coup de balai sur des « trottoirs jonchés de détritus ». Vous ne le saviez pas encore, les « Jeunes actifs » vous le révèlent : Paris est une ville dortoir, sale et moche… Expliquez-nous!

J’ai demandé à Christine Lagarde s’il fallait construire des tours à Paris, notamment le long du périphérique. C’est un sujet sensible sur lequel aucun état-major politique ne donne de lignes claires, de peur d’effrayer des électeurs nostalgiques du bon baron Haussmann. La ministre de l’Economie et des Finances (qui se targue sans sourciller de « travailler et habiter dans le 12ème », cf appartement de fonction à Bercy), répond avec conviction, large sourire et foulard Hermès noué, mais pas trop…

J’ai demandé grosso modo la même chose à Jean-Claude Beaujour, tête de liste dans le 20ème arrondissement. Il semble sur la même longueur d’onde.

Je suis allé voir Zahava Drogoczyner, dont le statut UMP est à la limite de l’irrégularité : elle travaille (inspectrice du Trésor Public à Bercy) mais n’a que 27 ans. Jeune Pop ou Jeune active ? Les deux mon capitaine, et on n’en parle plus. Ca va pour cette fois, mais qu’on ne vous y reprenne pas. Elle paraît surprise que Christine Lagarde soit favorable à des tours, ou du moins à une modernisation de l’architecture. Pour Zahava, les tours c’est niet. Passent encore dans le 13ème. Mais dans le 12ème, impossible. Ca « défigure », dit-elle :

Mme de Panafieu a-t-elle une chance d’attirer les jeunes, auprès desquels M. Delanoë est très populaire ? Zahava veut y croire. Soulevez le rideau de fumée de la « comm » de Monsieur le Maire et voyez plutôt. Un exemple ? Paris-Plages :

Retour à Beaujour. Comment on « redynamise l’activité », monsieur le candidat ?

Jean-Marie Cavada n’a pas souhaité répondre à ma question sur l’urbanisme. Il m’a dit « ouh la la, mais on peut pas répondre à des questions aussi complexes comme ça en 2 minutes ». Et puis vous pensez bien, il s’était levé à 6h ce jour-là donc il était « l’heure de fermer les volets ». Naïvement, je croyais que ce genre de recontres était l’occasion pour les candidats de répondre aux questions des citoyens. Bizarre pour un ex-journaliste. Il doit préférer poser les questions, au fond. Enfin, il m’a enjoint à le rencontrer un de ces quatre dans sa permanence de campagne. Savez-vous où elle se situe ? Réponse en chanson :

Tiens, pour la blague… Pour ceux qui se demandaient encore à quoi servait Christine Lagarde au gouvernement :

A bientôt dans le 12ème !

PS: pour suivre l’intégralité de la campagne des municipales à Paris couverte par les étudiants en journalisme de Sciences Po, allez sur http://muniparis.wordpress.com