La confiance règne !

Désormais, quand Europe 1 annonce des morts, la presse se méfie ! Après la bourde de la station sur le décès, démenti plus tard, de l’animateur télé Pascal Sevran, l’Agence France Presse a rechigné à « reprendre » le scoop qu’Europe 1 détenait hier à propos de la mort au Tchad de Pascal Marlinge, chargé de mission de l’association humanitaire Save the Children. Europe 1 le savait dès 15h, grâce à un contact humanitaire proche de la rédaction, l’annonçait à 17h à l’antenne, après recoupement de l’information. L’AFP a attendu 17h30 pour publier la dépêche, avec comme source un communiqué officiel de Bernard Koucher, ministre des Affaires étrangères, et non Europe 1.

Réaction des journalistes de la station, mi-amers, mi-amusés, à la lecture du fil AFP : « Maintenant, avant qu’on nous cite, il va faire chaud !« .

Europe 1 au bord de la crise de nerfs

Ca continue de gronder à Europe 1 ! Après l’affaire Pascal Sevran, le site lnternet du journal « Le Point » (lepoint.fr) révèle la nouvelle « vindicte » des journalistes de la station après que leur patron, Jean-Pierre Elkabbach, a imposé à la rédaction une interview « exclusive » de Christian Poncelet, en direct de Pékin jeudi 24 avril dans le journal de 13h. Le président du Sénat y était en effet envoyé par l’Elysée pour faire part au président chinois Hu Jintao du message de Nicolas Sarkozy destiné à réchauffer les relations France/Chine après le fiasco du passage de la flamme olympique à Paris et les manifestations anti-françaises dans plusieurs villes chinoises. L’interview, qui dure plus de trois minutes (un tunnel rarissime dans le format très court du journal), a été analysée par de nombreux journalistes comme une tribune complaisante offerte à Christian Poncelet, qui se trouve par ailleurs être l’employeur de Jean-Pierre Elkabbach sur Public Sénat. Son mandat à la tête de la chaîne arrivant en effet à terme à la fin de l’année, des voix s’élèvent pour dénoncer la confusion des intérêts du patron d’Europe 1.

Jean-Pierre Elkabbach s’en défend sur lepoint.fr, affirmant que l’info ce jour-là c’était sans conteste la rencontre entre Christian Poncelet et Hu Jintao. D’ailleurs, explique-t-il, « ses propos ont ensuite fait le tour du monde comme premier signe d’ouverture de la Chine« . Avant d’asséner cette leçon de journalisme à sa rédaction : « Refuser un tel entretien ou s’en plaindre serait une faute et une méconnaissance de la Chine, de la géopolitique à un moment crucial. Je ne veux pas croire que des professionnels puissent la refuser. S’il s’agit de vindicte, elle aveugle, elle rend sourd et elle fausse le jugement. C’est à Pékin que s’est écrit, ce jour-là, l’Histoire« .

Pourtant, à l’écoute, il est permis de douter de l’intérêt journalistique de l’interview. Christian Poncelet n’y dévoile pas le contenu du message de Nicolas Sarkozy à Hu Jintao, qualifié de « personnel« . A la question du journaliste sur l’éventuelle non participation du président français à la cérémonie d’ouverture des JO à Pékin, Christian Poncelet affirme que le sujet n’a pas été abordé. Enfin, il termine avec une formule convenue sur le rôle du sport pour rassembler l’effort des deux parties, française et chinoise. Merci Christian !

En attendant, il n’y a eu presque aucune reprise de l’interview par les médias français, relativisant « l’info exclusive » défendue par Jean-Pierre Elkabbach, et à Europe 1, on grince des dents…

Une semaine de scoops à Europe 1

Enfin de retour sur mon blog, après plus de deux mois d’absence, ok aucune excuse, ça ne va pas du tout, il va falloir que je me discipline… Le stage d’observation d’une semaine que je m’apprête à suivre à Europe 1 me donne l’occasion de reprendre les affaires ! Oui, je profite de ma semaine de vacances pour aller squatter le service politique de la radio de la rue François 1er, dans le 8ème à Paris, du 28 avril au 2 mai.

J’ai bien choisi le moment : la tension est au plus haut entre les journalistes et le patron de la station, Jean-Pierre Elkabbach, après que celui-ci a fait annoncer, par erreur, la mort de l’animateur de télé Pascal Sevran, lundi 21 avril à 19h. Ce matin, lors de notre conférence de rédaction quotidienne à Sciences Po, Nicolas Beytout, le fringant ex-patron du Figaro, estimait qu’il s’agissait là d’une « faute professionnelle grave« . D’autant plus incompréhensible que, l’info fût-elle exacte, il n’y avait vraiment pas de quoi se précipiter pour être le premier à lâcher un tel « scoop »..

Jean-Pierre Elkabbach a lui-même reconnu dès mardi « la première grande faute de (sa) carrière« . Avec cette petite nuance : « J’assume personnellement une erreur collective« , qui n’a pas été du goût des journalistes de la station. Ceux-ci, par le biais d’un communiqué de la Société des rédacteurs (SDR), n’ont pas tardé à réagir : « Il apparaît que la responsabilité de Jean-Pierre Elkabbach est directement engagée dans cette annonce erronée. Il apparaît que lui seul a été le donneur d’ordre. Il a transmis l’information et ordonné qu’on la diffuse« .

Ironie de l’histoire : Jean-Pierre Elkabbach avait annoncé le 11 avril dans La Croix la création d’un comité d’éthique à Europe 1. Pour quoi faire ? « la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion« . Vivement la réunion du comité, donc !

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Jean-Pierre Elkabbach, patron d’Europe 1 (source : nouvelobs.com)

En attendant, je suis passé cet après-midi faire un tour de la rédaction d’Europe 1, dirigée par Benoît Duquesne, qui présente par ailleurs « Compléments d’enquête » sur France 2. Les journalistes paraissent jeunes, la mine accueillante, les locaux sont agréables, bref j’ai hâte de commencer lundi. Il faut dire que j’ai un parrain de choc : Karim Rissouli, journaliste politique d’Europe (ne pas prononcer le « 1 » pour avoir l’air dans le coup) qui a été un super prof de radio à Sciences Po.. Et par ailleurs membre très actif de… la SDR !