Vous reprendrez bien un peu d’Obama au breakfast ?!

« Hi, welcome ! Just come in ! » C’est Zack, un jeune homme souriant qui m’ouvre la porte du 919 Westminster Street, près de chez moi à Washington. Dans le salon, Marcia et Roberta sont déjà confortablement installées sur le canapé, passant en revue les récents changements dans le quartier. Zach et ses 5 colocs s’affairent en cuisine. Ce samedi matin, ils organisent un breakfast en soutien à Barack Obama. Une simple invitation postée sur le site du candidat démocrate destinée à ses supporters. Qui l’aime vienne. Un « local event » parmi tant d’autres, annoncés chaque jour sur Internet, dans une ville très majoritairement démocrate. Le but : recruter des bénévoles pour les faire participer activement à la campagne (à la victoire ?) de leur champion.

Ils sont une vingtaine à avoir répondu présent à l’invitation de Zach & Co. Des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes, des Blancs, des Noirs. Ils ne se connaissent pas, mais tous partagent la même passion pour Barack Obama. « Je suis tombée amoureuse de Barack lors de la convention démocrate de 2004 », avoue Betty, une photographe retraitée au look excentrique. « Je l’ai découvert grâce à son livre, Dreams from my father. En le lisant, je me suis dit ‘Cet homme est exceptionnel !' », confie dans un large sourire Marcia, qui a pris soin d’apporter le dernier numéro de Rolling Stones sur lequel le sénateur pose en Une. « Achetez-le, l’interview est passionnante ! », répète-t-elle.

On fait connaissance autour de la table de la salle à manger : café, thé, jus d’orange, cake, hash brown, muffins, apple pie : rien ne manque.

Amy : « Servez-vous ! »

Zach : « Je suis consultant, c’est très ennuyeux ! Et vous ? »

Maura : « Psychothérapeute, je soigne les maladies mentales, enfin toutes sortes de problèmes quoi… »

Matt : « Je viens de Californie, et j’habite juste en face !

Krish, l’une des hôtesses de maison, active bénévole au pin’s « Obama’08 » en bonne place, enjoint ce petit monde à se réunir dans le salon. Tour à tour, chacun prend la parole pour se présenter et expliquer les raisons de son engagement pour Barack Obama. La facilité qu’ont les gens à parler en public, sans aucune gêne, et leurs grandes qualités oratoires même, me déconcertent. Ca doit être ça, l’Amérique. Aucune peur du ridicule. Et d’ailleurs, personne ne l’est.

Dans le groupe, certains reconnaissent qu’ils en pinçaient plutôt pour Hillary mais ils se sont fait une raison. Il y a même James, électeur républicain, qui a voté pour George W. Bush en 2000. Mais selon lui, dans l’état où se trouve le pays, « cette fois, le seul espoir est du côté d’Obama ». Sa femme, Maura, est fortement pro-démocrate, contre la guerre en Irak, contre la guerre en général. « Avec ma mère, petite, je protestais déjà dans la rue contre la guerre du Vietnam. J’ai bien peur qu’on aille en Iran. Obama est la seule petite chance qu’il nous reste » dit-elle avec un certain pessismisme dans la voix dont elle s’excuse. Roberta (vidéo) a fait sienne le slogan du « changement » : elle saisit l’assistance avec son « excitation » de voir peut-être dans sa vie un African-Américain accéder à la Maison Blanche.

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Krish prend la parole en dernier. Pour rappeler l’impact de la politique étrangère du président des Etats-Unis sur la vie de chacun sur la planète. Née en Inde, élevée en Indonésie, elle en sait quelque chose. Elle espère que Barack Obama, élu, saura honorer ces « valeurs universelles » auxquelles elle croit. Et puis surtout, elle rappelle que rien n’est gagné. Qu’il faut s’assurer la victoire dans les « swing states », ces Etats qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre. Parmi eux, la Virginie, frontalier de Washington DC, relié par le métro. « 500 000 électeurs ne sont toujours pas enregistrés sur les listes en Virginie. Si nous en convainquons 100 000 de s’inscrire, nous pouvons gagner l’Etat ! » Alors Krish exhorte ses invités à devenir bénévoles pour faire du porte-à-porte en Virginie et convaincre les électeurs de se rendre aux urnes le 4 novembre. Un formulaire circule pour s’inscrire et donner ses disponibilités. « Et si vous le pouvez, organisez des réunions chez vous pour faire venir de nouveaux bénévoles. Plus nous serons nombreux sur le terrain, plus nous avons de chance de gagner ».

Pour achever de convaincre un auditoire déjà acquis, Krish projette le DVD officiel de la campagne, qui retrace en grande pompe le parcours de Barack Obma, images d’archives et témoignages élogieux à l’appui.

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« Encore une fois ! » s’exclame en riant Zach à la fin de la vidéo. « Obama, c’est la jeunesse, cette jeunesse qui fait s’unir les peuples de tous les âges et de toutes les couleurs », ajoute Betty. « Il y a quelque chose d’évident dans la victoire finale d’Obama » observe Maura. « Qui peut croire en McCain ? »

La messe est dite. Ceux qui croient en Obama sont rentrés chez eux, ils sont désormais dans le listing de campagne d’Obama et seront bientôt recontactés. Je pars le dernier. Avec cette soudaine prise de conscience qu’une nouvelle religion semble en train de naître de ce côté de l’Atlantique.

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J’ai entendu un « Obamacon » quelque part

Après les néocons, les Obamacons ! Obamacon ? Curieux néologisme employé aujourd’hui par l’éditorialiste influent Robert D. Novak dans sa tribune du Washington Post (le quotidien concurrent – en plus prestigieux, hum – de mon Washington Times). Par « Obamacon », Novak identifie les conservateurs pro-Obama, ou du moins les Républicains qui semblent prendre leur distance vis-à-vis de « leur » candidat naturel, John McCain. Une tendance en pleine émergence semble-t-il. Pour l’instant, Novak en compte au moins deux : l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell et… Chuck Hagel, ex-sénateur républicain du Nebraska. Lequel ex-sénateur ai-je entendu ce matin, lors de son discours sur la politique étrangère donné à la presitigieuse Brookings Institution à l’occasion de la publication de son livre America: our next chapter. (pour faire court, la Brookings Institution est ce « think tank » – ou « cercle de réflexions » – très réputé à Washington au sein duquel de nombreux chercheurs conduisent des travaux destinés à influencer les décideurs politiques).

Chuck Hagel serait donc un Obamacon. Voyons cela de plus près. Vétéran du Vietnam, expert écouté sur les relations internationales, Chuck Hagel s’est livré ce matin à un exercice un tantinet professoral mais néanmoins nécessaire de « mémo » adressé aux deux candidats à la Maison Blanche pour leur rappeler quelles devaient être les priorités des Etats-Unis en terme de politique étrangère pour les années à venir. Lire la suite

Et O.B.A.M.A. ne décolla (presque) pas !

Les supporters de Barack Obama sont prêts à tout pour défendre les couleurs de leur champion ! Ce dimanche, au pied du Washington Monument (la grande obélisque du National Mall), ils sont 3 bons potes américains, venus avec des cerfs-volants à l’effigie du candidat démocrate pour lui apporter leur soutien. 5 cerfs-volants pour les 5 lettres d' »OBAMA ». « Si le vent va vers le nord, Obama volera au-dessus de la Maison Blanche avant même d’en avoir les clés ! » s’amuse Mario, originaire du Brésil. « Il paraît que Michelle Obama (la femme de Barack, ndlr) est dans le coin aujourd’hui, peut-être qu’elle va nous voir ! »

Avec ses amis Vijay (d’origine indienne) et Paul, Mario a eu l’idée de ce happening « non dangereux, écolo, non illégal et joli » pour battre John McCain en novembre. « Ces enfants issus de minorités ethniques qu’on voit marcher là-bas… si Obama est élu, ils marcheront différemment, ils se sentiront puissants« , veut croire Mario. « Après des années d’histoire marquée par la ségrégation raciale, un président appartenant à une minorité, ce serait un beau changement« . Le changement ? « C’est difficile à définir, Obama est peut-être trop ambitieux« , estime Paul. « Disons que s’il parvient à réaliser 50% de son programme, ce sera déjà un grand changement« . Paul votera Obama pour son refus de l’occupation de l’Irak et « parce qu’il est le premier vrai progressiste dans son camp depuis très longtemps« .

Vijay, lui, reste un peu à l’écart de la politique. « Je suis juste venu m’amuser. Mais je me sens plus proche des Démocrates et je crois qu’Obama ferait un bon leader« .

En attendant, le vent n’a pas soufflé assez fort pour faire décoller O.B.A.M.A. au dessus de la Maison Blanche. Obama sur le plancher des vaches, un mauvais signe ? « Non, je suis très optimiste pour le scrutin, il va gagner ! » sourit Mario.

Une lettre pour Hillary

Le site officiel du candidat Barack Obama est très ingénieux : chacun peut s’inscrire et créer un « event » (évènement) dans son quartier lié à la campagne : fête à la maison, réunion politique, comité de soutien, tractage dans la rue… A Washington, un certain Robert Lynch incite les supporters d’Obama à écrire une lettre à la candidate déçue Hillary Clinton pour la remercier de son ralliement final au sénateur de l’Illinois. « Je suis sûr qu’elle sera très touchée de recevoir un torrent de soutiens (…). Contribuez à unifier le parti (démocrate, ndlr) en la remerciant pour son magnifique discours de samedi dernier (le 7 juin à Washington, Hillary Clinton appelait de toutes ses forces à voter Obama, ndlr) ».

Le site de Barack Obama propose aussi une page pré-remplie (sobrement intitulée « Thank you, Hillary ») de laquelle on peut envoyer directement un message à la sénatrice de New York. Cela « prend une minute » que mérite bien celle qui a « marqué l’histoire lors des 16 derniers mois (…) en stimulant des millions d’Américains par sa force, son courage et son engagement (…) », note le site.

Mais Robert Lynch a raison, pour montrer son réconfort, rien ne vaut une bonne vieille lettre papier !

S’il vous prenait aussi l’envie d’écrire à Hillary, son adresse au Sénat :Image du timbre

Senator Hillary Rodham Clinton

United States Senate

476 Russell Senate Office Building

Washington, DC 20510, USA

Et restez poli(e)s !

C’est la guerre !

Aux Etats-Unis, les spots de campagne des candidats à la Maison Blanche sont diffusés à la télé entre deux pubs pour régimes minceur. Et ici, on ne fait pas seulement campagne en soutien à son candidat, on le fait aussi pour détruire son adversaire. Sujet polémique : la guerre en Irak.

C’est le principal axe de campagne de Barack Obama : présenter John McCain comme celui qui veut maintenir les troupes américaines en Irak pendant plusieurs décennies (lors d’un meeting pendant les primaires, McCain avait affirmé que cela ne lui poserait pas de problème de rester 100 ans en Irak s’il le fallait). Les supporters d’Obama du site MoveOn.org ont réalisé un clip efficace qui met en scène une jeune maman en train de présenter avec tendresse son bébé, Alex. Elle s’adresse fictivement à McCain en le prévenant qu’il ne faudra pas compter avec Alex plus tard en Irak. « Vous ne l’aurez pas« , conclut-elle face caméra avec des trémolos dans la voix.

Mais John McCain ne se laisse pas faire ! Il faut le voir pendant la coupure pub convaincre les téléspectateurs que la guerre, lui non plus n’aime pas ça. Sur fond de violons et de vieilles photos noir et blanc, McCain raconte qu’il avait 5 ans quand son père partit au combat, que son grand-père mourut le lendemain de son retour du front et que lui-même fut abattu au Vietnam où il passa 5 ans en prison. « Certains des amis avec qui j’ai servi ne sont jamais revenus. Je déteste la guerre ! » jure-t-il. Avant de conclure : « Je suis candidat pour maintenir le pays que j’aime en sécurité« . Ah, c’est donc pour ça, les 100 ans en Irak !

« Mais pourquoi nous détestent-ils ? »

Les Américains n’ont pas fini de se poser la question, en témoigne une conférence très intéressante organisée ce matin à Washington par la commission des Affaires étrangères du Congrès. « Nous sommes tous Américains » écrivait en édito du Monde Jean-Marie Colombani au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, traduisant un élan mondial de sympathie et de soutien aux victimes du World Trade Center. Pourtant, depuis 2002, la popularité des Etats-Unis dans le monde n’a fait que décliner : en 2006, seulement 23% des pays du globe comptaient parmi leur population une majorité favorable à Washington contre 83% quatre ans plus tôt. « Nous n’avons jamais vu des chiffres si bas« , rapporte un analyste. Que s’est-il passé ?

La commission (composée de 5 démocrates et 3 républicains) s’est basée sur une série d’études et de sondages pour parvenir à la conclusion suivante : « les habitants d’autres pays ne nous aiment pas, non pas à cause de nos valeurs, mais parce que nous ne sommes pas toujours en phase avec ces valeurs« . Balayée, la théorie culturaliste séduisante mais simpliste du « clash des civilisations » défendue par Samuel Huntington. Ignoré, l’anti-américanisme primaire réactivé par une poignée d’extrémistes en guerre contre l’Occident et ses valeurs de liberté et de démocratie. Si les Etats-Unis ont perdu tant de discrédit dans le monde, ce serait avant tout à cause du contenu de leur politique étrangère. « Les étrangers perçoivent comme hypocrite la manière dont nos politiques contredisent certaines de nos valeurs et créent une dissonnance entre nos actes et notre rhétorique », explique le rapport publié. Exemples : l’unilatéralisme décomplexé en Irak, le soutien à certains régimes autoritaires, le manque d’implication dans la résolution du conflit israélo-palestinien, la torture perpétrée contre des prisonniers en violation des traités internationaux.

Chose surprenante, le nom de George W. Bush n’a presque pas été prononcé au cours de la matinée, le « nous » l’emportant largement. Comme si l’ensemble de l’administration et des élus du peuple américain portait la responsabilité de ce fiasco diplomatique. Les noms d’Obama et de McCain, eux, ont fusé, traduisant tout de même l’impatience des parlementaires à tourner la page Bush. Si les deux candidats à la Maison Blanche s’opposent fermement sur la stratégie à conduire en Irak (partir au plus vite, pour le premier, ou rester au moins jusqu’en 2013, pour le second), ils se rejoignent pour condamner les pratiques de torture et fermer la prison de Guantanamo. Cela sera-t-il suffisant pour retrouver la popularité perdue à l’étranger ? On le sait, quand la confiance s’effondre, il faut du temps, beaucoup de temps, pour la regagner…

Le rapport de la commission est disponible en format PDF ici

Connaissez-vous EveryScape.com ?

On n’arrête pas le progrès… Vous vous souvenez de Google Earth, le site qui permettait de visualiser votre maison grâce à une vue satellite relativement précise ? Oubliez ! Désormais, grâce à EveryScape.com, lancé en octobre 2007, on peut explorer une ville grâce à une balade en 3 dimensions. Le point de vue n’est plus aérien : on est ici comme au volant de sa voiture. Le curseur permet de se déplacer à 360 degrés et même de lever les yeux au ciel. Et les vues panoramiques sont associées à une carte Google Map pour mieux les localiser. Certains bâtiments peuvent même être visités de l’intérieur. Le leitmotiv du site : recréer en ligne le monde réel.

Pour l’instant, le monde réel se limite principalement aux villes américaines. Pékin est aussi au programme, pour ceux qui voudraient visualiser les sites des prochains JO. On peut raisonnablement penser que Paris et Londres seront bientôt de la partie. En fait, EveryScape.com mise sur le Web 2.0 (web participatif) : le site devrait mettre les technologies à disposition des internautes pour qu’ils réalisent eux-mêmes les vues 3D d’espaces urbains. L’effet de masse de l’immense communauté internaute pourrait ainsi rapidement agrandir la liste des métropoles visitables.

En attendant, petit exercice pratique : j’habite depuis le 6 juin à Washington, au 1507 Marion Street. Amusez-vous à repérer ma maison : elle est rouge, sur 2 niveaux, à côté d’une maison blanche. Ne pas oublier en arrivant sur la page de mettre en position « Address Locator » à la place de « Business Name ». Avec un peu de chance, vous me verrez faire coucou par la fenêtre…