J’ai entendu un « Obamacon » quelque part

Après les néocons, les Obamacons ! Obamacon ? Curieux néologisme employé aujourd’hui par l’éditorialiste influent Robert D. Novak dans sa tribune du Washington Post (le quotidien concurrent – en plus prestigieux, hum – de mon Washington Times). Par « Obamacon », Novak identifie les conservateurs pro-Obama, ou du moins les Républicains qui semblent prendre leur distance vis-à-vis de « leur » candidat naturel, John McCain. Une tendance en pleine émergence semble-t-il. Pour l’instant, Novak en compte au moins deux : l’ancien secrétaire d’Etat Colin Powell et… Chuck Hagel, ex-sénateur républicain du Nebraska. Lequel ex-sénateur ai-je entendu ce matin, lors de son discours sur la politique étrangère donné à la presitigieuse Brookings Institution à l’occasion de la publication de son livre America: our next chapter. (pour faire court, la Brookings Institution est ce « think tank » – ou « cercle de réflexions » – très réputé à Washington au sein duquel de nombreux chercheurs conduisent des travaux destinés à influencer les décideurs politiques).

Chuck Hagel serait donc un Obamacon. Voyons cela de plus près. Vétéran du Vietnam, expert écouté sur les relations internationales, Chuck Hagel s’est livré ce matin à un exercice un tantinet professoral mais néanmoins nécessaire de « mémo » adressé aux deux candidats à la Maison Blanche pour leur rappeler quelles devaient être les priorités des Etats-Unis en terme de politique étrangère pour les années à venir. Lire la suite

« Mais pourquoi nous détestent-ils ? »

Les Américains n’ont pas fini de se poser la question, en témoigne une conférence très intéressante organisée ce matin à Washington par la commission des Affaires étrangères du Congrès. « Nous sommes tous Américains » écrivait en édito du Monde Jean-Marie Colombani au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, traduisant un élan mondial de sympathie et de soutien aux victimes du World Trade Center. Pourtant, depuis 2002, la popularité des Etats-Unis dans le monde n’a fait que décliner : en 2006, seulement 23% des pays du globe comptaient parmi leur population une majorité favorable à Washington contre 83% quatre ans plus tôt. « Nous n’avons jamais vu des chiffres si bas« , rapporte un analyste. Que s’est-il passé ?

La commission (composée de 5 démocrates et 3 républicains) s’est basée sur une série d’études et de sondages pour parvenir à la conclusion suivante : « les habitants d’autres pays ne nous aiment pas, non pas à cause de nos valeurs, mais parce que nous ne sommes pas toujours en phase avec ces valeurs« . Balayée, la théorie culturaliste séduisante mais simpliste du « clash des civilisations » défendue par Samuel Huntington. Ignoré, l’anti-américanisme primaire réactivé par une poignée d’extrémistes en guerre contre l’Occident et ses valeurs de liberté et de démocratie. Si les Etats-Unis ont perdu tant de discrédit dans le monde, ce serait avant tout à cause du contenu de leur politique étrangère. « Les étrangers perçoivent comme hypocrite la manière dont nos politiques contredisent certaines de nos valeurs et créent une dissonnance entre nos actes et notre rhétorique », explique le rapport publié. Exemples : l’unilatéralisme décomplexé en Irak, le soutien à certains régimes autoritaires, le manque d’implication dans la résolution du conflit israélo-palestinien, la torture perpétrée contre des prisonniers en violation des traités internationaux.

Chose surprenante, le nom de George W. Bush n’a presque pas été prononcé au cours de la matinée, le « nous » l’emportant largement. Comme si l’ensemble de l’administration et des élus du peuple américain portait la responsabilité de ce fiasco diplomatique. Les noms d’Obama et de McCain, eux, ont fusé, traduisant tout de même l’impatience des parlementaires à tourner la page Bush. Si les deux candidats à la Maison Blanche s’opposent fermement sur la stratégie à conduire en Irak (partir au plus vite, pour le premier, ou rester au moins jusqu’en 2013, pour le second), ils se rejoignent pour condamner les pratiques de torture et fermer la prison de Guantanamo. Cela sera-t-il suffisant pour retrouver la popularité perdue à l’étranger ? On le sait, quand la confiance s’effondre, il faut du temps, beaucoup de temps, pour la regagner…

Le rapport de la commission est disponible en format PDF ici