Au zoo de Vincennes, euh… à l’Assemblée nationale

C’est l’exercice obligé du mardi après-midi pour le service politique de toute rédaction consciencieuse : la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Bien que le déplacement prenne l’allure d’une corvée pour le journaliste d’Europe 1 que je suis invité à suivre ce jour-là, j’étais très excité à l’idée de fouler la fameuse salle des 4 colonnes où la presse rencontre l’amusante faune des parlementaires.

2 colonnes sur 4, c’est déjà pas mal

Faune, oui, c’est l’impression que donne l’observation de l’hémicycle depuis les hauteurs des tribunes de presse que j’ai empruntées. L’arrivée du président de l’Assemblée a beau s’accompagner des roulements de tambours et des saluts des gardes républicains, à l’intérieur, point de politesse et d’élégance parmi les députés. Ca se lance des noms d’oiseaux (combien de « Ta gueule ! » lâchés en 1h30 ?), ça siffle, ça applaudit aussi, mais d’applaudissements frénétiques, destinés à soutenir son poulain et intimider l’adversaire. Contrairement aux images à la télé où on croit voir un ministre répondre à une assemblée relativement attentive, un brouhaha persistant vient polluer les débats. Et que dire des va-et-vient incessants des parlementaires (Jean Tiberi qui arrive très en retard, s’asseoit à côté de Dominique Perben qui en profite pour se décaler, alors que Jean-François Copé sort passer un coup de fil), des mots échangés au voisin, des pages politiques du « Monde » grandes ouvertes sur les tablettes, des SMS rédigés… On savait les représentants de la nation indisciplinés, mais le spectacle reste surprenant !…

Dans ce zoo politique, un débat parvient à capter un peu plus l’attention, le RSA, revenu de solidarité active, que Laurent Fabius, malin comme un singe, transforme ironiquement en « revenu de solidarité absente » aux oreilles du Haut Commissaire Martin Hirsch, qui excelle à défendre son bébé. Echange musclé entre le gouvernement et l’opposition socialiste, le premier se vantant de mettre enfin en place le RSA quand la gauche n’en fait qu’un « sujet de colloque », la seconde s’interrogeant sur le coût (prononcé avec coquetterie « coûte » par Laurent Fabius) et accusant l’exécutif de vouloir couper dans la prime pour l’emploi (PPE) pour financer le RSA, en gros de « déshabiller Pierre pour habiller Paul » selon le mot d’Arnaud Montebourg, animal politique en parade.

Enfin, pas de quoi fouetter un chat, la routine quoi, d’ailleurs les médias plient bagage avec la mine de ceux qui rentrent, un mardi de plus, bredouilles du safari

fais pas la tronche, ça viendra…

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« Jeunes actifs » cherchent bel électeur pour « redynamiser » l’est parisien

Ils ont plus de 30 ans, ce qui les exclut mécaniquement du club des « Jeunes Pop ». Ils ne sont pas encore installés dans leurs 45 ans et ne bénéficient donc pas de réseaux sociaux-professionnels solides qui pourraient les lancer en politique. Alors ils ont créé il y a deux ans le club intermédiaire, « Jeunes actifs« , pour fédérer les militants UMP encore pas trop vieux et qui découvrent tout juste sur le terrain le « travailler plus pour gagner plus ». De jeunes sarkozystes dynamiques, souriants et propres sur eux, qui rêvent d’installer Françoise de Panafieu à l’Hôtel de Ville comme ils ont propulsé leur champion à l’Elysée l’an dernier.

Les « Jeunes actifs » du 12ème arrondissement sont presque aussi cools que les jeunes groupies de Delanoë, d’ailleurs ils organisent des « cocktails dinatoires » dans des bars mexicains à Bastille, c’est dire… Ainsi, mercredi dernier (16 janvier), ils s’étaient rassemblés au Chihuahua, boulevard de Bastille, le long du port de l’Arsenal, pour présenter, avec Madame de Panafieu, les têtes de liste UMP de l’est parisien, dont leurs héros locaux, Jean-Marie Cavada et Christine Lagarde, respectivement numéro 1 et numéro 2 dans le 12ème. L’est parisien (10ème, 11ème, 12ème, 13ème, 18ème, 19ème, 20ème), rappelons-le, c’est l’exact opposé de l’ouest, un point cardinal où la droite, s’étant fait laminée en 2001, ne contrôle aucune mairie. Il va donc y avoir du boulot !

Mais quand on en est jeunes et actifs, on n’a peur de rien… Pas même de faire du 18ème (fief de Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant et d’un certain Lionel Jospin) un « cimetière des éléphants » ! Bon courage, donc. Pour le reste, on veut « réveiller » des quartiers endormis, « redynamiser » le tissu économique et social, favoriser un « urbanisme attractif », et passer un coup de balai sur des « trottoirs jonchés de détritus ». Vous ne le saviez pas encore, les « Jeunes actifs » vous le révèlent : Paris est une ville dortoir, sale et moche… Expliquez-nous!

J’ai demandé à Christine Lagarde s’il fallait construire des tours à Paris, notamment le long du périphérique. C’est un sujet sensible sur lequel aucun état-major politique ne donne de lignes claires, de peur d’effrayer des électeurs nostalgiques du bon baron Haussmann. La ministre de l’Economie et des Finances (qui se targue sans sourciller de « travailler et habiter dans le 12ème », cf appartement de fonction à Bercy), répond avec conviction, large sourire et foulard Hermès noué, mais pas trop…

J’ai demandé grosso modo la même chose à Jean-Claude Beaujour, tête de liste dans le 20ème arrondissement. Il semble sur la même longueur d’onde.

Je suis allé voir Zahava Drogoczyner, dont le statut UMP est à la limite de l’irrégularité : elle travaille (inspectrice du Trésor Public à Bercy) mais n’a que 27 ans. Jeune Pop ou Jeune active ? Les deux mon capitaine, et on n’en parle plus. Ca va pour cette fois, mais qu’on ne vous y reprenne pas. Elle paraît surprise que Christine Lagarde soit favorable à des tours, ou du moins à une modernisation de l’architecture. Pour Zahava, les tours c’est niet. Passent encore dans le 13ème. Mais dans le 12ème, impossible. Ca « défigure », dit-elle :

Mme de Panafieu a-t-elle une chance d’attirer les jeunes, auprès desquels M. Delanoë est très populaire ? Zahava veut y croire. Soulevez le rideau de fumée de la « comm » de Monsieur le Maire et voyez plutôt. Un exemple ? Paris-Plages :

Retour à Beaujour. Comment on « redynamise l’activité », monsieur le candidat ?

Jean-Marie Cavada n’a pas souhaité répondre à ma question sur l’urbanisme. Il m’a dit « ouh la la, mais on peut pas répondre à des questions aussi complexes comme ça en 2 minutes ». Et puis vous pensez bien, il s’était levé à 6h ce jour-là donc il était « l’heure de fermer les volets ». Naïvement, je croyais que ce genre de recontres était l’occasion pour les candidats de répondre aux questions des citoyens. Bizarre pour un ex-journaliste. Il doit préférer poser les questions, au fond. Enfin, il m’a enjoint à le rencontrer un de ces quatre dans sa permanence de campagne. Savez-vous où elle se situe ? Réponse en chanson :

Tiens, pour la blague… Pour ceux qui se demandaient encore à quoi servait Christine Lagarde au gouvernement :

A bientôt dans le 12ème !

PS: pour suivre l’intégralité de la campagne des municipales à Paris couverte par les étudiants en journalisme de Sciences Po, allez sur http://muniparis.wordpress.com