Défilé d’Halloween à Columbia : cow-boys, indiens, soldats et… Barack Obama

Carnet sonore réalisé pour le site de France Culture (photos et son de meilleure qualité !)

Le jour d’Halloween aux Etats-Unis, c’est un peu comme Mardi-Gras en France : les rues appartiennent aux enfants qui défilent, déguisés, avec leur école. Ce 31 octobre, vers 10h, alors que j’allais me chercher un bagel aux pépites de chocolat pour petit-déjeuner, je suis tombé sur la parade de Lee School, une école primaire du centre-ville de Columbia, Missouri, où l’accent est mis sur les arts et l’expression. Thème du défilé, en fanfare : America My Home ! L’Amérique éternelle stéréotypée était convoquée : indiens, cow-boys, militaires, ladies paysannes sorties de « La petite maison dans la prairie »… De solides icônes qui résistent, comme un pied de nez à l’instabilité d’un pays qui doute de son avenir.

Mais la maison Amérique de 2008, c’est aussi celle qui fait campagne. Et une figure surprenante s’est largement invitée au cortège : Barack Obama, présent sur les masques, T-shirts, pin’s de plusieurs enfants noirs et métis. On ne sait pas encore qui sortira vainqueur du scrutin du 4 novembre mais c’est certain, le candidat démocrate est bel et bien entré dans l’imaginaire collectif américain, même des plus petits.

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Et, à J-5, Obama vint souffler le changement à Mizzou

En une poignée de minutes lundi soir, le scoop avait fait le tour de Columbia, Missouri : Barack Obama himself donnerait un meeting (un rally, comme ils disent ici) sur le campus de l’Université jeudi 30 octobre à 5 jours du scrutin. Toute la semaine, on n’a parlé que de ça. Pourquoi revenait-il dans le Missouri, deux semaines après sa tournée triomphale à Saint-Louis et Kansas City ? Un Etat important sans doute, un battleground, comme ils disent ici. Pourquoi venir dans une ville étudiante, largement acquise aux Démocrates ? Pour y puiser de l’énergie, peut-être, dans la dernière ligne droite. Il y avait ceux qui feignaient la non-surprise : « Bien sûr, je savais qu’il viendrait ».

Et puis surtout, on commençait à élaborer une stratégie pour être le mieux placé, le voir au plus près. Discours à 21h30, ouverture des portes à 19h30 : les plus téméraires ont lancé la file d’attente à midi. Toute l’après-midi, la file s’allongeait à bon rythme, très encadrée par les jeunes volontaires de la campagne d’Obama. Pas question de doubler. Pour distraire les suiveurs, on vendait des T-shirts, des pin’s, des pancartes Obama. Le campus entier avait pris l’allure d’un centre de rationnement protégé par Saint Barack. On demandait, inquiet, des nouvelles de la queue : « Savez-vous où elle s’arrête ? » « Je crois qu’elle a atteint Domino’s Pizza, dépêchez-vous ! » Trop tard, elle venait déjà de dépasser McDonald’s.

Même à l’entrée des journalistes, il fallait déployer des trésors de ruse pour être certain d’accéder aux tribunes presse. Se faire passer pour un correspondant d’un grand quotidien étranger. Forcer son accent. Etre poli, mais ferme. Et sourire largement.

Au final, pas de drame, tout le monde a pu entrer. Pays de l’efficacité. 35.000 à 40.000 personnes selon les organisateurs ET la police. Pays du consensus. Barack Obama a démarré son discours à l’heure, voire 3 minutes en avance. Pays de la ponctualité. On avait aussi pensé aux citrouilles au pied du pupitre, l’intéressé à vivement apprécié. Pays de l’entertainment.

Un discours de 33 minutes, rodé, sans surprise, qui, au terme d’une interminable campagne, tend à s’essouffler. « Vous ne voulez pas en reprendre pour 4 ans ? Dans 5 jours, changeons la face de l’Amérique ! » Barack Obama n’a plus besoin de se forcer : devant une foule exaltée, la mayonnaise prend, et c’est émouvant.

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Et si la moitié blanche d’Obama l’empêchait de voter pour lui-même ?

On glose beaucoup en ce moment sur la portée de l' »effet Bradley » dans les urnes le 4 novembre. « Effet Bradley », pour les nuls : des électeurs blancs affirment aux sondeurs qu’ils voteront pour Barack Obama pour ne pas paraître racistes mais dans le secret de l’isoloir ils choisiront John McCain parce que candidat blanc. Jon Stewart, le génial présentateur de l’émission politique satirique « The Daily Show« , a posé cette question à Barack Obama mercredi soir : « Votre mère vient du Kansas, elle est blanche ; votre père est Africain : vous n’avez pas peur que dans l’isoloir, votre moitié blanche soudainement décide ‘non, je ne peux pas faire ça !’ ? » Ce à quoi Obama a répondu avec beaucoup d’ironie, bien décidé à montrer qu’il n’attache aucune importante à cet « effet Bradley » : « Oui, vous avez raison, c’est un vrai problème. Je suis d’ailleurs une thérapie pour être certain de voter comme il faut le 4 !« .

Extrait de l’interview sur « Huffington Post« 

L’interview, exclusive, faisait suite à la demi-heure de spot publicitaire que Barack Obama s’était offerte en prime time sur les plus grandes chaînes de TV, pour la rondelette somme de 3 millions de dollars (5 millions, disent même certains experts). Loin du ton lyrique et compassionnel de son spot (une vraie guimauve, l’indigestion guettait), Barack Obama a joué le jeu du « Daily Show » : décontract, drôle et grinçant. A Jon Stewart qui lui rappelait que certains s’inquiètent fortement du « socialiste » Obama (un très gros mot ici, comme « marxiste », « terroriste », « sorcière »…), Barack a fait cet aveu : « A l’école maternelle déjà, je partageais certains jouets avec mes copains, c’est clairement un signe prouvant mes activités subversives« .

Jon Stewart, qui n’en rate pas une, lui a enfin posé cette question : « Quand vous êtes parti en campagne il y a deux ans, le pays ne ressemblait pas tout à fait à celui qu’il est aujourd’hui. Devant la situation actuelle, vous ne vous dites pas ‘Non merci, je n’en veux plus’, un peu comme si vous réclamiez une voiture neuve ? » Là, Barack Obama a repris tout son sérieux et sa solennité : « Non, je me dis que c’est le moment idéal pour devenir président ».

Ca m’a rappelé la couverture de Newsweek qui titre cette semaine : « Cauchemar sur Pennsylvania Avenue » (l’adresse à Washington de la Maison Blanche). En effet, devant les problèmes, graves et nombreux, que rencontre le pays, pas sûr que le prochain président fassent souvent de beaux rêves.

On s’affiche !

Ici en politique, rien n’est décidement comme chez nous. Alors qu’en France, le sentiment partisan est une affaire très privée (avez-vous la moindre idée de ce qu’a voté votre voisin en 2007 ?), aux Etats-Unis, on s’affiche au grand jour, devant sa porte. Il suffit d’une petite balade dans les rues de n’importe quelle ville pour le constater. Bon, je vous l’accorde, sur cette photo, c’est particulièrement exagéré. On ne peut même plus faire griller les burgers dans le jardin. De toute façon, John McCain ne serait pas convié au pique-nique.

Pour info, Robin Carnahan (au deuxième plan) est la candidate démocrate au poste de secrétaire d’Etat dans le Missouri. Le 4 novembre, on ne vote pas seulement pour le candidat à la Maison Blanche mais aussi pour les élus locaux, certains référendums et renouveler en partie le Congrès à Washington. En attendant, ce sont les citrouilles d’Halloween qui trinquent.

Un McCain sauce barbecue, please

Quand John McCain vient en tournée électorale à Columbia, Missouri, il évite soigneusement le centre-ville, rempli de jeunes Démocrates. Où s’arrête-t-il alors ? Sur la zone commerciale, entre deux voies rapides, accessible seulement en voiture. Et que fait-il ? Il prend un lunch très informel avec des chefs de petites entreprises locales dans le « restaurant » le plus glauque de la zone, le simplement nommé « Buckingham Smokehouse Bar-B-Q« . La table à la fenêtre avec sa banquette rouge sera par-faite. Au menu, des gros haricots et du « coleslaw » (salade à base de chou cru). La sauce barbecue, bien sûr, est sur la table, avec ketchup et mayo. Faites pas trop gras, après je lutte pour perdre mon embonpoint.

Le cochon de Buckingham

Katie Fudge, la jeune employée de 20 ans qui a eu l’honneur de servir le candidat lundi dernier, a confié au journal local, le Columbia Missourian, qu’elle était un peu nerveuse mais que John McCain avait été « très, très sympathique » et qu’il s’était conduit comme une personne tout à fait normale. « Je n’ai pas eu l’occasion de lui parler beaucoup », a-t-elle admis. Elle s’est dit moins excitée que son grand-père quand il apprit la nouvelle, lui qui a servi l’armée américaine en Corée sous les ordres de McCain père. On le comprend. Le patron du resto n’avait pas grand chose à dire non plus, si ce n’est qu’il reconnaissait avoir nourri ce jour-là « des gens plus intéressants que d’habitude« . Les habitués de « Buckingham Smokehouse Bar-B-Q » apprécieront.

John McCain, au salut très bushien

Les 150 supporters de John McCain qui attendaient, pancartes à la main, le candidat à la sortie de son festin, n’ont pas été déçus. Ils ont vu leur héros 2 minutes 30, le temps qu’il regagne sa voiture. Les plus chanceux sont parvenus à lui serrer la main, parfaitement propre. Debbie Jones, employée dans une compagnie d’assurance, n’a pu qu’effleurer son bras mais ah qu’elle était contente. Elle reste très optimiste sur l’issue du scrutin et d’ailleurs, elle ne croit pas du tout aux sondages qui donnent Barack Obama gagnant. N’ayant elle-même jamais été sondée, elle se demande qui sont les gens interrogés et où on est allé les chercher. « Ils peuvent très bien dire qu’ils sondent et en fait inventer les chiffres ». A Buckingham, rien n’était inventé. On était dans le vrai du Midwest.

Debbie Jones, à l’endroit

Photos : Mélissa Bounoua

« La mauvaise conscience de l’Amérique blanche »

Voilà un reportage que j’aurais aimé faire, si j’avais une voiture pour aller me perdre dans les comtés ruraux très conservateurs du Missouri. Publié dans le « Journal du dimanche » le 19 octobre par un envoyé spécial dans le Missouri, et désormais en ligne.

Pour patienter avant mon post sur les militants républicains que j’ai rencontrés à l’occasion de la venue lundi à Columbia de John McCain himself.

« La mauvaise conscience de l’Amérique blanche » par Antoine MALO

Un bus contre Bush

Au marché de Columbia samedi dernier, je suis tombé sur un drôle de véhicule, stationné sur le parking : un bus, tout entier dédié au « Bush Legacy » (l’héritage de Bush) sur le mode « échec monumental » du président. Columbia était l’une des 150 étapes de la tournée nationale du bus à bord duquel l’organisation « Americans United For Change » traverse le pays pendant toute la campagne avec un message simple : « No More! »

Les « passagers », les bras encombrés de tomates et de courgettes, étaient conviés à une rapide plongée dans l’enfer : administration va-t-en guerre présentée sous la forme d’un organigramme militaire, fausse pompe à essence estampillée « Grand Oil Party » (oil = pétrole, en référence au « Grand Old Party », le surnom du Parti républicain), vidéo des victimes délaissées de l’ouragan Katrina, graphiques et statistiques sur l’environnement menacé, explications de texte sur les droits des travailleurs entamés (le premier syndicat du pays, AFL-CIO, est partenaire de l’opération).

Pour sûr, ça ne rigolait pas dans le bus et, visiblement, ceux qui avaient pris bord étaient touchés. « Nous devons relever le pays » s’est exprimé avec gravité un homme à sa voisine qui acquiesça de la tête, sans un mot. « Merci beaucoup pour ce que vous faites, c’est tellement important« , s’est exclamée plusieurs fois une dame auprès de la jeune attachée de presse.

Mais qui se cache derrière la petite porte ?

D’après l’attachée de presse, l’accueil du bus est « globalement très positif« . « Oh bien sûr, il y a des Républicains qui nous font savoir qu’ils ne sont pas du tout contents ! » ajouta-t-elle dans un sourire. Etrangement, le bus n’appelle pas explicitement à voter pour Barack Obama. Mais une vidéo de John McCain à l’extérieur du bus s’occupe de faire le lien entre le président sortant et le vétéran du Vietnam.

Condamner la politique de George W. Bush lors de ses 8 années à la Maison Blanche est devenue un sport national, plus franchement original. Mais le bus attirait l’attention sur un point : les démocrates n’ont, théoriquement, aucune excuse pour perdre le 4 novembre. « W » a été leur meilleur atout.

Informations sur les prochaines étapes du bus : www.bushlegacytour.com