Mais qui est donc Don Cheadle ?

Appareil photo et calepin bien en place, j’étais parti jeudi dans l’idée de faire un petit reportage sur ces « College Democrats » (jeunes militants démocrates) qui viennent régulièrement sur le campus de University of Missouri pour inciter les étudiants à s’inscrire sur les listes électorales et voter le 4 novembre prochain pour Barack Obama.

Patatras ! Un homme célèbre est soudainement apparu et a bouleversé mon sujet. Une star, un énorme VIP : Don Cheadle.

Qui ? L’acteur Don Cheadle, enfin, ! Connaissez pas ? Euh, moi non plus en fait, et j’étais bien le seul ce jour-là… Mais maintenant, je connais (et peux concurrencer avec le blog people de Sayseal), c’est l’acteur principal de Hotel Rwanda, sorti en 2005 en France. Et né à Kansas City, dans le Missouri. Tout se tient.

Don Cheadle, en images, encourageant les étudiants à venir voter en masse pour le candidat démocrate :

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Tout est calme

Loin, très loin de la « tempête boursière » qui s’abat sur New York, des « plans de sauvetage » cousus main depuis Washington et du « coup de poker » politique de John McCain cette semaine.

Dans le Missouri, en pleine campagne, tout est calme. Et c’est l’automne…

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Madeleine Albright, pour rire

D’habitude, pendant les meetings politiques et autres « réunions publiques », vient nécessairement le moment où on s’ennuie, de gentiment à ferme. Au micro, trop de formules faciles, trop de slogans rabâchés. De la part de l’orateur, pas assez d’improvisation, pas assez de singularité. Le militant applaudit bien quand il faut, le journaliste note bien consciencieusement dans son calepin.

Appelez Madeleine Albright, l’ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton, et tout cette machine bien huilée vole en éclat. Là voilà qui débarque énergiquement ce jeudi dans la petite salle (sur le campus de Missouri University), attrape le micro du haut de ses trois pommes, se tient debout à côté du pupitre plutôt que sagement derrière, et commence son show, sous les applaudissement chaleureux de l’audience.

Faussement modeste, elle nous remercie de savoir qui elle est. Et de raconter avec aplomb sa drôle d’anecdote survenue récemment lorsqu’un agent de sécurité, ne l’ayant pas reconnue, ne la laissait pas entrer dans la salle où son discours de soutien à Barack Obama était attendu. « Oh my god it’s you« , s’était-il exclamé quand Madeleine Albright avait enfin lâché son nom. L’agent, d’origine bosniaque, avait alors exprimé de l’admiration pour son action en Bosnie-Herzégovine dans les années 1990. « Mais, que se passe-t-il au juste ici aujourd’hui ? » lui demandait-elle. « Oh, vous savez, j’ai été secrétaire d’Etat, alors on me sollicite pour soutenir un candidat« . « Ah, secrétaire d’Etat ! De Bosnie ? » Fou rire général dans la salle.

En fait, on a beaucoup ri pendant les 45 minutes d’intervention de Madeleine Albright. Venue soutenir Barack Obama, elle a multiplié les blagues de politique étrangère, son dada.

« Le monde est en pagaille, euh.. c’est un terme diplomatique »

« Le président Poutine, oh pardon, le Premier ministre Poutine »

« J’ai travaillé avec Bill Clinton… qui lisait beaucoup lui »

« Toute ma vie, j’ai été une experte de l’URSS. Quand je regarde ma bibliothèque je me dis, ah en fait je faisais de l’archéologie ! »

« Pour moi, la diplomatie c’est comme une partie de billards, il y a beaucoup d’imprévus sur la table.. Enfin, bien qu’un étudiant chinois en classe me certifie qu’il n’y a aucun imprévu au billard, euh.. pas comme je le vois joué autour de moi ! »

« Un président sûr de lui c’est quelqu’un qui ne sait même pas ce qu’il ne sait pas »

A un homme qui lui demande les qualités nécessaires pour considérer un candidat expérimenté en politique étrangère, elle répond du tac-au-tac : « Avoir un passeport ! » (ndlr, Sarah Palin, colistière de John McCain, n’en serait détentrice que depuis l’an dernier)

Les blagues étaient peut-être parfaitement rodées et prévues comme du billard chinois. Mais qu’importe. Le fait est que, cette fois, on a enfin pensé au besoin vital de rire du militant et du journaliste. Du fond du coeur, merci Madeleine pour ta gouaille.

Gens de Columbia, MO

Ce blog s’enrichit d’une nouvelle page ! Je publie dans « GALERIE » (onglet en haut à droite) les photos que je prends pour mon cours de photojournalisme ici à Columbia, à l’Université du Missouri. Conseils et avis sont les bienvenus.

Il était une fois… Sarah Palin

Mercredi soir, je faisais mon jogging sur un tapis roulant de la salle de gym, le regard fixé vers l’écran de télé où CNN commentait l’arrivée de Sarah Palin à l’aéroport de Fairbanks, en Alaska. C’était le grand retour à la maison de la candidate à la vice-présidence après la convention républicaine de Saint-Paul et quelques meetings dans le pays avec son colistier John McCain. C’était la première fois que Sarah Palin rentrait chez elle depuis son accession au rang de nouvelle star des Etats-Unis. Et donc, elle était attendue de pied ferme. La foule se pressait sur le tarmac, chantant « Sarah », cette héroïne qui allait enfin sortir la (faible) population d’Alaska de l’indifférence générale. Et CNN de rappeler en boucle, avant que l’avion n’aterrisse, comme cet instant était historique dans la vie politique américaine. Au point que le suspens devenait haletant : je ne pouvais plus décrocher mon regard de l’écran,

La veille, je courais sur le même tapis, les yeux fixés vers le même écran. Les commentateurs politiques se succédaient sur CNN et ils n’avaient qu’un seul nom à la bouche, décliné à toutes les sauces : Sarah Palin. L’effet Palin, le phénomène Palin, le mystère Palin. L’impressionnant come back (sondages prometteurs, moral en hausse…) des Républicains dans la campagne depuis sa nomination. Sa biographie digne d’un film hollywoodien (concours de beauté, compétitions de basketball…) passée au peigne fin par une presse qui commençait à manquer de sujets sur la présidentielle. Les interrogations qu’elle suscite sur des sujets controversés (avortement, créationnisme) pour lesquels elle ne s’est pas encore clairement expliquée. On ne parlait que de Sarah Palin ce soir-là. Comme la veille. Et comme le lendemain.

Sarah Palin (Photo : AP)

En fait, on ne parle plus que de Sarah Palin ici. Elle fait la une des journaux, des magazines. Newsweek titrait récemment sur une nouvelle science, la « Palinologie ». En quelques jours, elle est devenue le phénomène médiatique de la rentrée. Elle a ringardisé Barack Obama, qui semble pris de court, ne sachant plus comment attirer l’attention qu’on lui a généreusement porté pendant 18 mois, s’emmêlant les pieds dans des histoires de cochon et de rouge à lèvres. Elle a éclipsé Joe Biden, qui paraît bien fade, voire transparent, loin de sa réputation de boute-en-train.

On dirait que Sarah Palin est candidate à la Maison Blanche. John McCain lui-même semble relégué au second plan. Mais il se frotte les mains, relançant habilement une campagne qui n’inspirait pas les Républicains. Choisir Sarah Palin comme colistière était un pari audacieux, il s’avère payant. Les Américains aiment se raconter des histoires « bigger than life », en voilà une sur mesure. Une mère courage venue du grand froid qui élève 5 enfants, dont le dernier atteint d’une maladie génétique. Une femme battante qui chasse le caribou, fait plier les barons locaux et s’impose comme gouverneur de l’Alaska à la surprise générale. Une conservatrice qui travaille d’arrache-pied pour restaurer la morale, sa morale, en politique. Tous les ingrédients d’une « success story » improbable sont réunis. Improbable, mais pas impossible. Scénario à suivre, donc.

Oncle Sam chez les Soviets

C’est un beau labsus, révélateur de l’anxiété qui règne parmi les plus hauts officiels américains. Alors qu’il répondait à ma question sur l’avenir des relations France-USA en cas de victoire de Barack Obama, Howard Dean, président du comité national démocrate, laissa échapper cette phrase : « Nicolas Sarkozy a été d’une grande aide dans sa tentative de chasser les Soviets, euh les Russes, de Géorgie« .

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Montage photo et son: Mélissa Bounoua

Mes amis, les Soviets sont de retour ! Il se trouve que cet été, en stage à Washington, j’ai eu le plaisir d’entendre ce même lapsus de la bouche d’un parlementaire qui s’adressait devant des experts lors d’une conférence sur les questions énergétiques.

Ainsi, dans l’inconscient américain, et plus largement, occidental, la Russie de Poutine (ou de Medvedev-Poutine) opère ce grand come-back hégémonique auprès de ses voisins est-européens au point de craindre une nouvelle guerre froide. Tremblez, Américains ! Vladimir n’a pas dit son dernier mot !

Joe Biden, passage obligé à Columbia

Et donc Joe Biden, colistier de Barack Obama, vint à Columbia, MO. Drôle d’horaire (ce mardi matin à 9h30 !), drôle de lieu (un gymnase complètement excentré, à 1 heure de marche pour les Français qui sont bien les seuls à ne pas se déplacer en voiture), drôle d’acoustique (un écho terrible recouvrait les paroles du candidat), drôle d’ambiance (de peu chaleureuse à carrément froide). Mais enfin, Joe Biden vint, et discourut pendant une bonne heure. Il y avait même la place pour les questions du public, hop on lève la main, on pose sa question et Joe répond, debout au milieu de l’assistance.

Photo : Charlotte Pudlowski

Mais pourquoi diable Joe Biden s’est-il déplacé jusqu’à Columbia, Missouri ? Je ne le savais pas avant de venir ici mais le Missouri est l’un des quelques « swing states » des Etats-Unis, enclin à voter Démocrate ou Républicain selon les enjeux et les millésimes. Aussi, depuis un siècle, jamais un président n’a été élu sans gagner le Missouri. Enfin, presque, car une exception confirme cette règle : en 1956, le président républicain Dwight Eisenhower fut reconduit alors que le Missouri avait voté pour son adversaire démocrate, Adlai Stevenson.

Et puis, Columbia est situé dans le comté de Boone, l’un des terrains les plus disputés du Missouri. En 2000, Al Gore avait remporté le comté avec 385 voix d’avance (sur 60.000) ; quatre ans plus tard, George W. Bush reprenait l’avantage avec 158 voix de plus (sur 76.000) que son adversaire John Kerry. Car si la ville de Columbia est largement acquise aux Démocrates, les alentours sont peuplés d’électeurs conservateurs, rendant l’issue de chaque scrutin incertaine.

On comprend ainsi que pour une élection qui s’annonce beaucoup plus serrée que prévu (Barack Obama et John McCain sont désormais au coude-à-coude dans tous les sondages), charmer le Missouri, et notamment le comté de Boone, est un « must have« . Pour la petite histoire, le Missouri est surnommé le « Show Me State » (l’Etat « Montre-moi ») car ses habitants ont la réputation d’être têtus et de ne croire que ce qu’ils voient. Joe Biden avait donc de bonnes raisons de se montrer ici ce matin.