« Mais pourquoi nous détestent-ils ? »

Les Américains n’ont pas fini de se poser la question, en témoigne une conférence très intéressante organisée ce matin à Washington par la commission des Affaires étrangères du Congrès. « Nous sommes tous Américains » écrivait en édito du Monde Jean-Marie Colombani au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, traduisant un élan mondial de sympathie et de soutien aux victimes du World Trade Center. Pourtant, depuis 2002, la popularité des Etats-Unis dans le monde n’a fait que décliner : en 2006, seulement 23% des pays du globe comptaient parmi leur population une majorité favorable à Washington contre 83% quatre ans plus tôt. « Nous n’avons jamais vu des chiffres si bas« , rapporte un analyste. Que s’est-il passé ?

La commission (composée de 5 démocrates et 3 républicains) s’est basée sur une série d’études et de sondages pour parvenir à la conclusion suivante : « les habitants d’autres pays ne nous aiment pas, non pas à cause de nos valeurs, mais parce que nous ne sommes pas toujours en phase avec ces valeurs« . Balayée, la théorie culturaliste séduisante mais simpliste du « clash des civilisations » défendue par Samuel Huntington. Ignoré, l’anti-américanisme primaire réactivé par une poignée d’extrémistes en guerre contre l’Occident et ses valeurs de liberté et de démocratie. Si les Etats-Unis ont perdu tant de discrédit dans le monde, ce serait avant tout à cause du contenu de leur politique étrangère. « Les étrangers perçoivent comme hypocrite la manière dont nos politiques contredisent certaines de nos valeurs et créent une dissonnance entre nos actes et notre rhétorique », explique le rapport publié. Exemples : l’unilatéralisme décomplexé en Irak, le soutien à certains régimes autoritaires, le manque d’implication dans la résolution du conflit israélo-palestinien, la torture perpétrée contre des prisonniers en violation des traités internationaux.

Chose surprenante, le nom de George W. Bush n’a presque pas été prononcé au cours de la matinée, le « nous » l’emportant largement. Comme si l’ensemble de l’administration et des élus du peuple américain portait la responsabilité de ce fiasco diplomatique. Les noms d’Obama et de McCain, eux, ont fusé, traduisant tout de même l’impatience des parlementaires à tourner la page Bush. Si les deux candidats à la Maison Blanche s’opposent fermement sur la stratégie à conduire en Irak (partir au plus vite, pour le premier, ou rester au moins jusqu’en 2013, pour le second), ils se rejoignent pour condamner les pratiques de torture et fermer la prison de Guantanamo. Cela sera-t-il suffisant pour retrouver la popularité perdue à l’étranger ? On le sait, quand la confiance s’effondre, il faut du temps, beaucoup de temps, pour la regagner…

Le rapport de la commission est disponible en format PDF ici

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Au zoo de Vincennes, euh… à l’Assemblée nationale

C’est l’exercice obligé du mardi après-midi pour le service politique de toute rédaction consciencieuse : la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Bien que le déplacement prenne l’allure d’une corvée pour le journaliste d’Europe 1 que je suis invité à suivre ce jour-là, j’étais très excité à l’idée de fouler la fameuse salle des 4 colonnes où la presse rencontre l’amusante faune des parlementaires.

2 colonnes sur 4, c’est déjà pas mal

Faune, oui, c’est l’impression que donne l’observation de l’hémicycle depuis les hauteurs des tribunes de presse que j’ai empruntées. L’arrivée du président de l’Assemblée a beau s’accompagner des roulements de tambours et des saluts des gardes républicains, à l’intérieur, point de politesse et d’élégance parmi les députés. Ca se lance des noms d’oiseaux (combien de « Ta gueule ! » lâchés en 1h30 ?), ça siffle, ça applaudit aussi, mais d’applaudissements frénétiques, destinés à soutenir son poulain et intimider l’adversaire. Contrairement aux images à la télé où on croit voir un ministre répondre à une assemblée relativement attentive, un brouhaha persistant vient polluer les débats. Et que dire des va-et-vient incessants des parlementaires (Jean Tiberi qui arrive très en retard, s’asseoit à côté de Dominique Perben qui en profite pour se décaler, alors que Jean-François Copé sort passer un coup de fil), des mots échangés au voisin, des pages politiques du « Monde » grandes ouvertes sur les tablettes, des SMS rédigés… On savait les représentants de la nation indisciplinés, mais le spectacle reste surprenant !…

Dans ce zoo politique, un débat parvient à capter un peu plus l’attention, le RSA, revenu de solidarité active, que Laurent Fabius, malin comme un singe, transforme ironiquement en « revenu de solidarité absente » aux oreilles du Haut Commissaire Martin Hirsch, qui excelle à défendre son bébé. Echange musclé entre le gouvernement et l’opposition socialiste, le premier se vantant de mettre enfin en place le RSA quand la gauche n’en fait qu’un « sujet de colloque », la seconde s’interrogeant sur le coût (prononcé avec coquetterie « coûte » par Laurent Fabius) et accusant l’exécutif de vouloir couper dans la prime pour l’emploi (PPE) pour financer le RSA, en gros de « déshabiller Pierre pour habiller Paul » selon le mot d’Arnaud Montebourg, animal politique en parade.

Enfin, pas de quoi fouetter un chat, la routine quoi, d’ailleurs les médias plient bagage avec la mine de ceux qui rentrent, un mardi de plus, bredouilles du safari

fais pas la tronche, ça viendra…

Une semaine de scoops à Europe 1

Enfin de retour sur mon blog, après plus de deux mois d’absence, ok aucune excuse, ça ne va pas du tout, il va falloir que je me discipline… Le stage d’observation d’une semaine que je m’apprête à suivre à Europe 1 me donne l’occasion de reprendre les affaires ! Oui, je profite de ma semaine de vacances pour aller squatter le service politique de la radio de la rue François 1er, dans le 8ème à Paris, du 28 avril au 2 mai.

J’ai bien choisi le moment : la tension est au plus haut entre les journalistes et le patron de la station, Jean-Pierre Elkabbach, après que celui-ci a fait annoncer, par erreur, la mort de l’animateur de télé Pascal Sevran, lundi 21 avril à 19h. Ce matin, lors de notre conférence de rédaction quotidienne à Sciences Po, Nicolas Beytout, le fringant ex-patron du Figaro, estimait qu’il s’agissait là d’une « faute professionnelle grave« . D’autant plus incompréhensible que, l’info fût-elle exacte, il n’y avait vraiment pas de quoi se précipiter pour être le premier à lâcher un tel « scoop »..

Jean-Pierre Elkabbach a lui-même reconnu dès mardi « la première grande faute de (sa) carrière« . Avec cette petite nuance : « J’assume personnellement une erreur collective« , qui n’a pas été du goût des journalistes de la station. Ceux-ci, par le biais d’un communiqué de la Société des rédacteurs (SDR), n’ont pas tardé à réagir : « Il apparaît que la responsabilité de Jean-Pierre Elkabbach est directement engagée dans cette annonce erronée. Il apparaît que lui seul a été le donneur d’ordre. Il a transmis l’information et ordonné qu’on la diffuse« .

Ironie de l’histoire : Jean-Pierre Elkabbach avait annoncé le 11 avril dans La Croix la création d’un comité d’éthique à Europe 1. Pour quoi faire ? « la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion« . Vivement la réunion du comité, donc !

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Jean-Pierre Elkabbach, patron d’Europe 1 (source : nouvelobs.com)

En attendant, je suis passé cet après-midi faire un tour de la rédaction d’Europe 1, dirigée par Benoît Duquesne, qui présente par ailleurs « Compléments d’enquête » sur France 2. Les journalistes paraissent jeunes, la mine accueillante, les locaux sont agréables, bref j’ai hâte de commencer lundi. Il faut dire que j’ai un parrain de choc : Karim Rissouli, journaliste politique d’Europe (ne pas prononcer le « 1 » pour avoir l’air dans le coup) qui a été un super prof de radio à Sciences Po.. Et par ailleurs membre très actif de… la SDR !