Sur le campus : Un président noir ? “Evidemment !” Enfin, à voir…

Paroles d’étudiants noirs et métis sur un campus américain, lors de la venue de Barack Obama la semaine dernière. S’ils veulent tous croire que les Etats-Unis sont prêts à élire un président noir, leurs réflexions trahissent des inquiétudes pas toujours avouées.

Article écrit pour le nouveau site de l’Ecole de Journalisme de Sciences Po

Photo Mélissa Bounoua

« Line starts here » (la file d’attente commence ici) indiquait la petite table à l’entrée du terrain en plein air où Barack Obama était attendu pour un meeting jeudi dernier à 21h30, sur le campus de l’Université du Missouri, à Columbia. A 15h déjà, la file s’allongeait sur plusieurs dizaines de mètres. Parmi la foule, de nombreux étudiants noirs et métis, des « Africains-Américains » comme on les appelle ici. Comme l’immense majorité des étudiants du campus, ils sont venus goûter à l’adrénaline d’un meeting du candidat démocrate. Un rassemblement qui, pour eux, prenait une saveur particulière. Un fort espoir mêlé d’une certaine crainte. Le peuple américain est-il vraiment prêt à élire un président métis, noir dans l’imaginaire collectif ?

Au premier abord, ils balaient la question du revers de la main. « Pourquoi pas ? C’est une question étrange ! » rétorque Mollie Esposito, 20 ans. « Bien sûr que le pays est prêt ! S’il n’est pas prêt maintenant, il ne le sera jamais » estime Attoya Hues, 18 ans. Le facteur racial est-il un enjeu de campagne ? « Non, Barack Obama a les qualifications, c’est tout ce qui compte » répond Keneshia Lane, 18 ans. Quant au désormais célèbre effet Bradley (du nom du candidat noir au poste de gouverneur de Californie dans les années 1980 qui, après avoir fait la course largement en tête dans les sondages, fut battu dans les urnes), « il n’existe plus, les sondages sont beaucoup plus fiables maintenant » croit George Thomas, 23 ans. Deidre Weatherspoon, 21 ans, veut croire en l’effet inverse : des électeurs de milieux très conservateurs n’oseraient pas avouer à leur entourage qu’ils voteront pour un Noir.

Pourtant, au fur et à mesure de la conversation, ils admettent leur angoisse, enfouie presque de manière inconsciente. « C’est vrai qu’une partie de mon esprit est préoccupée par cette question, mais j’essaye de la mettre de côté et de ne pas y penser » reconnaît Emeka Anyanwu, 24 ans. « La couleur de peau ne devrait pas être un enjeu de campagne mais il faut être honnête, en réalité elle l’est ». « Oui, c’est sûr, il y a des gens qui ne vont pas voter pour Obama à cause de ça », admet Attoya Hues. « Mais il y a aussi des idiots qui ne connaissent rien et qui vont voter pour lui uniquement pour cette raison ». Mollie Esposito accorde qu’elle appréhende un peu que Barack Obama se fasse assassiner. Sa grand-mère, qui a vu l’assassinat de Kennedy à la télé, lui a transmis son inquiétude.

Surtout, ils sont unanimes à reconnaître que les discriminations persistent aux Etats-Unis, même si elles se manifestent de façon subtile et au niveau personnel dans leur vie quotidienne. Le regard méprisant d’une dame âgée à la piscine, le ton compassionnel d’un professeur qui associe maladroitement l’échec d’un étudiant à sa couleur de peau, un camarade de classe qui se targue d’avoir des amis noirs comme pour se donner bonne conscience. Cela parfois vire franchement au racisme, comme ces dessins de Barack Obama caricaturé en singe que Tiffany Neely, 18 ans, a retrouvé affichés sur une porte de sa résidence universitaire.

D’ailleurs, selon Tiffany Neely, sa vie a « changé » depuis qu’elle a quitté Memphis, sa ville d’origine dans le Tennessee à majorité noire, pour suivre ses études à Columbia, ville majoritairement blanche. Et cela, malgré la réputation très progressiste du campus. Elle découvre au quotidien le sentiment d’appartenir à une minorité, d’être la seule élève noire de sa classe. Elle ressent le besoin de fréquenter principalement des étudiants Africains-Américains parce qu’ils la « comprennent » mieux que les autres. Bien sûr, elle reconnaît que ce serait mieux si tout le monde se mélangeait. Un Barack Obama à la Maison Blanche favoriserait-il cela ? « Oh, lui tout seul ne pourra pas grand chose ! » estime-t-elle. Ses copines rectifient : « Ce serait un bon début ».

Si Barack Obama est élu, ils admettent tous qu’ils vivront un moment historique. « Comparable au mouvement des droits civiques dans les années 1960 », s’exclame Attoya Hues. Keneshia Lane ressentira un immense bonheur, une « délivrance » même, parce qu’elle se sentirait mieux représentée par un président qui connaît « l’expérience noire ». Mais elle n’oublie pas qu’Obama est aussi née d’une mère blanche et qu’il est le symbole d’un rêve, celui de la mixité. « Il est le mieux placé pour dépasser les barrières de couleur de peau et unir tout le monde ».

Thierry James, 26 ans, veut y croire aussi mais préfère attendre mardi soir. « Le résultat de cette élection sera un indicateur important de là où nous en sommes ». Alors, le pays est-il prêt ? La question n’était peut-être pas si sotte que ça.

Une réponse

  1. obama enfin president des ETAS UNI
    CURSUS

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