“Un Prophète” : du vrai cinoche, point barre !

“Mon film est une fiction !” “Je voulais faire du genre !”

Fiction, genre, genre, fiction… Jacques Audiard n’en finit plus de répéter à la presse et sur les ondes que son “Prophète” (sorti aujourd’hui en salles) n’est pas un documentaire sur les prisons françaises, ni un état des lieux de l’intégration (réussie ou pas) des beurs en France. Il faut dire que les journalistes (trop nombreux en tout cas) sont têtus. Ils ne peuvent pas s’empêcher de donner au film des interprétations sociales tarte à la crème, d’en faire un film-dossier comme l’était l’indigeste “Welcome” de Philippe Lioret sorti l’hiver dernier.

Au secours ! “Un Prophète”, c’est -enfin !- du pur cinoche, un grand film noir comme on en fait trop rarement chez nous. Point barre. Une histoire de taulards, de clans, de violence, de luttes pour se bâtir un empire. Comme dans “Scarface”‘ ou les films de Scorsese, que tout le monde trouverait stupide d’analyser avec un regard de sociologue. Pourquoi, en France, on n’aurait pas le droit de faire ”juste” du cinéma ? Avons-nous aussi peu confiance en la fiction ?

La semaine dernière, j’ai assisté à l’avant-première du film à Rosny-sous-Bois, dans le 93. Pas vraiment neutre comme salle de ciné. Lors du débat avec l’équipe du film à l’issue  de la projection, certaines réactions étaient carrément hallucinantes. “Vous avez réduit l’image du maghrébin au stéréotype classique du bandit, du voleur, du traître”, déplorait une femme (blanche). Une autre, au contraire, félicitait Jacques Audiard d’”avoir traité les Corses et les musulmans de la même façon” ! Et quid des Italiens du “Parrain” ? Non mais franchement !… Des propos qui, hélas, en disent long sur l’état des crispations identitaires en France.

Audiard, soutenu par ses excellents acteurs, a fort bien éteint la vaine polémique. “J’ai voulu faire le film d’après : il n’y a plus de problème d’intégration, ce qu’on peut convoiter parce qu’on est dans le film de genre c’est le territoire de l’autre, sauver sa peau, c’est des choses simples. On a dépassé le stade de l’anti-machin et l’anti-truc. C’est très démocratique le genre, on est enfin dans l’égalité !”

Audiard a conclu l’échange avec le public par cette déclaration d’amour : ”Ce que j’adore dans le cinéma, c’est qu’il faut parler du réel – sinon c’est abstrait et réactionnaire, mais il faut que ce soit autre chose, des compléments à nos vies, comme une loupe grossissante”. Et de rappeler que les grands films noirs parlent toujours de nous, de nos sociétés, de politique : ”il y a tout ça dedans”. Sans avoir à les ranger dans un tiroir tistoune estampillé “film social”.

LIGHTS OF CHICAGO

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Bientôt un mois que je n’ai pas donné de nouvelles sur ce blog. Il faut dire que, comme tous les commentateurs de l’élection présidentielle, j’ai subi le “post-election emptiness disorder” (la “déprime” post-élection du journaliste) : dès lors que l’affaire était pliée, qu’avais-je de bien intéressant à raconter ici ? D’ailleurs, ceux qui comprennent l’anglais ne doivent pas rater cette vidéo hilarante d’un faux reportage qui montre les très actifs militants pro-Obama déboussolés au lendemain du 4 novembre : comment désormais remplir ses journées lorsqu’on n’a vécu pendant 18 mois avec le seul but de faire élire son champion ? Gros dilemme.

Il faut dire aussi que je suis pas mal occupé avec les projets photos et multimédias que je dois remettre à la fin du semestre pour valider mes cours. L’occasion de rappeler que, même si Columbia, Missouri, n’est pas vraiment touché par les “breaking news”, il y a des choses à raconter et qui peuvent donner matière à des sujets “off”, tout aussi passionnants. Une école maternelle et primaire qui accueille des enfants du monde entier et utilise l’expression artistique comme langage universel (ce sera mon “Little United Nations” of Missouri). Moins joyeux, une dame de 64 ans abandonnée par la société qui se retrouve à dormir dans un fauteil chez un étranger pour ne pas avoir à passer la nuit dehors (“Without A Permanent Address“). Et même des étudiants irakiens, arrivés dans le Missouri à la faveur d’une bourse d’études Fulbright, heureux de se construire un avenir ici mais en proie au mal du pays. Des petites histoires derrière l’info qui fait les grands titres.

Et puis, il y a eu le Thanksgiving break, à Chicago. La traditionnelle dinde chez une famille moins traditionnelle, américano-pakistanaise, sur fond d’attentats à Bombay. Les soldes de “Black Friday“, pour digérer la dinde et alléger son portefeuille. Le retour sur les pas de Barack Obama (toujours lui !), dans son désormais célèbre quartier de Hyde Park, où l’on trouve dans un petit salon de quartier Zharif, son coiffeur depuis 14 ans, chez qui je me suis bien sûr arrêté pour rafraîchir ma coupe et glaner des scoops. Pour la petite histoire, Obama a demandé à Zharif de le suivre à Washington, DC mais Zharif hésite (ou fait semblant), comprenez, il a sa famille à Chicago quand même. Il dit songer à faire des allers-retours à la Maison Blanche “on duty”, pour la coupe du Président (c’est-à-dire toutes les deux semaines, puisque le Barack est coquet).

Thanksgiving, c’est enfin le week end où l’on se (pré)pare pour Noël. Le grand sapin émerveille les enfants, le marché allemand attire leurs parents avec du cidre chaud, la patinoire de Millenium Park offre un boulevard de glace aux amoureux, les vitrines de Macy’s font oublier la crise. Lorsque la nuit tombe, les lumières de Chicago jaillissent et enivrent les passants. Il ne manque plus que la neige, mais elle tombe sans bruit dans la nuit.

Audio slideshow “LIGHTS OF CHICAGO” ici

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Obama, version Flash

Flash, c’est le nom du célèbre logiciel multimédia que j’apprends à utiliser à l’école de journalisme du Missouri. Grâce à lui, on peut, sur Internet, mêler le texte, le son, l’image, la vidéo… Mon meilleur ami depuis quelques semaines.

Je viens de rendre mon dernier projet, sur la folle visite de Barack Obama (candidat) le 30 octobre dernier sur le campus de “Mizzou“. Un travail de fourmi, des heures devant mon écran Mac. Voilà le résultat :

http://web.missouri.edu/~bme7yd/epj/flash/flashmovie/firstmovie.html

N’hésitez pas à me faire part de vos avis et conseils !

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Merci, Amérique

Il est 2h du matin et je devrais aller me coucher après cette folle et épuisante journée qui a commencé à 6h ce matin. Mais ce que je viens de vivre ce soir est tellement fort et unique que mes nerfs me tiennent éveillés. Ce mardi 4 novembre 2008, depuis mon petit Missouri, je crois avoir touché du doigt ce qui nous fascine aux Etats-Unis. “S’il y en a ici qui doutent encore que l’Amérique soit le pays où tout est possible, qui se demandent si les rêves de nos fondateurs sont toujours vivants, qui remettent en question la force de notre démocratie, voilà votre réponse” : ce sont par ces mots que le futur Président Obama a entamé son discours de victoire à Chicago. Des rêves de liberté et de démocratie qu’aujourd’hui les Américains ont si bien su honorer.

Il y avait quelque chose d’émouvant à les voir voter, toute la journée. Ils semblaient prendre leur destin en main et tourner définitivement la page de “l’une des plus sombres périodes de (leur) histoire”, comme me l’a décrit une femme ce soir. Comme si, malgré leur affaiblissement par 8 années de présidence désastreuse, ils parvenaient à se soulever, pour remettre leur pays sur les rails. Parce que ces rêves de liberté et de démocratie sont leur raison d’être.

Ce soir, George W. Bush semble déjà loin, oublié, comme le mauvais souvenir d’une double erreur : mathématique en 2000, de jugement en 2004. Les Américains viennent d’élire un nouveau président qui leur ressemble, porteur d’espoir et de l’American Dream. Le premier président “noir” des Etats-Unis, venu d’un milieu modeste. Celui que personne n’attendait, dont rien ne prédestinait à la Maison Blanche. A voir leur émotion ce soir, c’est sûr, ils sont prêts à le soutenir et l’aimer, comme un président dont ils sont fiers. Et, dans 4 ans, ils jugeront s’il vaut la peine d’être reconduit. On l’oublie trop souvent, tout le monde n’a pas cette chance. Il n’y a pas à dire, en politique, comme au cinéma et ailleurs, les Américains ont un certain talent pour nous raconter des histoires.

Pour donner une idée de l’ambiance hier soir au “Blue Note” (salle de spectacle de Columbia), j’ai “capturé” cette vidéo avec mon petit appareil photo amateur. La lumière est très mauvaise, mais quand même, ça donne des frissons !

Américains, au travail !

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Ce mardi 4 novembre 2008, il y a du pain sur la planche. Ne croyez pas pouvoir vous débarrasser de votre devoir d’électeur en deux coups de cuillère à pot ! Tenez par exemple, à Columbia, dans le comté de Boone (Missouri), il ne s’agit pas seulement d’inscrire un petit signe ovale en face de “McCain/Palin” ou “Obama/Biden”. Non il faut aussi voter pour le gouverneur de l’Etat, son gouverneur adjoint, le secrétaire d’Etat, le ministre des finances, le ministre de la justice, un sénateur au Congrès (fédéral), un sénateur et un député pour les Chambres du Missouri, un juge, un sheriff, un assesseur, un commissaire, un trésorier du comté… 15 élections sont en jeu, ce n’est pas le moment de rigoler !

Et ce n’est pas tout ! Il vous faut répondre à 6 référendums locaux. Voulez-vous limiter le nombre de casinos dans l’Etat ? Etes-vous d’accord pour créer un service d’assistance à domicile pour les personnes âgées (pour un coût estimé à 510 560 dollars par an, c’est écrit sur le bulletin) ? Faut-il obliger les producteurs d’énergie à générer 2% d’énergie renouvelable d’ici 2011 ? La loi de l’Etat doit-elle officiellement inscrire l’anglais comme langue obligatoire pour les réunions publiques ?

Surtout, pas de décision hâtive. Vous êtes des électeurs rationnels, vous vous êtes largement informés sur chacun de ces sujets, vous avez mûrement réfléchi votre position, ce n’est pas le moment de tout gâcher. Les gens dans la queue derrière vous s’impatientent ? Faites-en cure ! Vous êtes en train de faire vivre la première démocratie du monde, alors on attendra.

(Vous pouvez me retrouver les 4 et 5 novembre sur le blog “Live From” sur lemonde.fr et, en version originale, sur rendezvous.08 pour des instantanés de vote, paroles d’électeurs, prises d’ambiances en direct de Columbia, Missouri)

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Sur le campus : Un président noir ? “Evidemment !” Enfin, à voir…

Paroles d’étudiants noirs et métis sur un campus américain, lors de la venue de Barack Obama la semaine dernière. S’ils veulent tous croire que les Etats-Unis sont prêts à élire un président noir, leurs réflexions trahissent des inquiétudes pas toujours avouées.

Article écrit pour le nouveau site de l’Ecole de Journalisme de Sciences Po

Photo Mélissa Bounoua

« Line starts here » (la file d’attente commence ici) indiquait la petite table à l’entrée du terrain en plein air où Barack Obama était attendu pour un meeting jeudi dernier à 21h30, sur le campus de l’Université du Missouri, à Columbia. A 15h déjà, la file s’allongeait sur plusieurs dizaines de mètres. Parmi la foule, de nombreux étudiants noirs et métis, des « Africains-Américains » comme on les appelle ici. Comme l’immense majorité des étudiants du campus, ils sont venus goûter à l’adrénaline d’un meeting du candidat démocrate. Un rassemblement qui, pour eux, prenait une saveur particulière. Un fort espoir mêlé d’une certaine crainte. Le peuple américain est-il vraiment prêt à élire un président métis, noir dans l’imaginaire collectif ?

Au premier abord, ils balaient la question du revers de la main. « Pourquoi pas ? C’est une question étrange ! » rétorque Mollie Esposito, 20 ans. « Bien sûr que le pays est prêt ! S’il n’est pas prêt maintenant, il ne le sera jamais » estime Attoya Hues, 18 ans. Le facteur racial est-il un enjeu de campagne ? « Non, Barack Obama a les qualifications, c’est tout ce qui compte » répond Keneshia Lane, 18 ans. Quant au désormais célèbre effet Bradley (du nom du candidat noir au poste de gouverneur de Californie dans les années 1980 qui, après avoir fait la course largement en tête dans les sondages, fut battu dans les urnes), « il n’existe plus, les sondages sont beaucoup plus fiables maintenant » croit George Thomas, 23 ans. Deidre Weatherspoon, 21 ans, veut croire en l’effet inverse : des électeurs de milieux très conservateurs n’oseraient pas avouer à leur entourage qu’ils voteront pour un Noir.

Pourtant, au fur et à mesure de la conversation, ils admettent leur angoisse, enfouie presque de manière inconsciente. « C’est vrai qu’une partie de mon esprit est préoccupée par cette question, mais j’essaye de la mettre de côté et de ne pas y penser » reconnaît Emeka Anyanwu, 24 ans. « La couleur de peau ne devrait pas être un enjeu de campagne mais il faut être honnête, en réalité elle l’est ». « Oui, c’est sûr, il y a des gens qui ne vont pas voter pour Obama à cause de ça », admet Attoya Hues. « Mais il y a aussi des idiots qui ne connaissent rien et qui vont voter pour lui uniquement pour cette raison ». Mollie Esposito accorde qu’elle appréhende un peu que Barack Obama se fasse assassiner. Sa grand-mère, qui a vu l’assassinat de Kennedy à la télé, lui a transmis son inquiétude.

Surtout, ils sont unanimes à reconnaître que les discriminations persistent aux Etats-Unis, même si elles se manifestent de façon subtile et au niveau personnel dans leur vie quotidienne. Plus d’infos »

Défilé d’Halloween à Columbia : cow-boys, indiens, soldats et… Barack Obama

Carnet sonore réalisé pour le site de France Culture (photos et son de meilleure qualité !)

Le jour d’Halloween aux Etats-Unis, c’est un peu comme Mardi-Gras en France : les rues appartiennent aux enfants qui défilent, déguisés, avec leur école. Ce 31 octobre, vers 10h, alors que j’allais me chercher un bagel aux pépites de chocolat pour petit-déjeuner, je suis tombé sur la parade de Lee School, une école primaire du centre-ville de Columbia, Missouri, où l’accent est mis sur les arts et l’expression. Thème du défilé, en fanfare : America My Home ! L’Amérique éternelle stéréotypée était convoquée : indiens, cow-boys, militaires, ladies paysannes sorties de “La petite maison dans la prairie”… De solides icônes qui résistent, comme un pied de nez à l’instabilité d’un pays qui doute de son avenir.

Mais la maison Amérique de 2008, c’est aussi celle qui fait campagne. Et une figure surprenante s’est largement invitée au cortège : Barack Obama, présent sur les masques, T-shirts, pin’s de plusieurs enfants noirs et métis. On ne sait pas encore qui sortira vainqueur du scrutin du 4 novembre mais c’est certain, le candidat démocrate est bel et bien entré dans l’imaginaire collectif américain, même des plus petits.

Et, à J-5, Obama vint souffler le changement à Mizzou

En une poignée de minutes lundi soir, le scoop avait fait le tour de Columbia, Missouri : Barack Obama himself donnerait un meeting (un rally, comme ils disent ici) sur le campus de l’Université jeudi 30 octobre à 5 jours du scrutin. Toute la semaine, on n’a parlé que de ça. Pourquoi revenait-il dans le Missouri, deux semaines après sa tournée triomphale à Saint-Louis et Kansas City ? Un Etat important sans doute, un battleground, comme ils disent ici. Pourquoi venir dans une ville étudiante, largement acquise aux Démocrates ? Pour y puiser de l’énergie, peut-être, dans la dernière ligne droite. Il y avait ceux qui feignaient la non-surprise : “Bien sûr, je savais qu’il viendrait”.

Et puis surtout, on commençait à élaborer une stratégie pour être le mieux placé, le voir au plus près. Discours à 21h30, ouverture des portes à 19h30 : les plus téméraires ont lancé la file d’attente à midi. Toute l’après-midi, la file s’allongeait à bon rythme, très encadrée par les jeunes volontaires de la campagne d’Obama. Pas question de doubler. Pour distraire les suiveurs, on vendait des T-shirts, des pin’s, des pancartes Obama. Le campus entier avait pris l’allure d’un centre de rationnement protégé par Saint Barack. On demandait, inquiet, des nouvelles de la queue : “Savez-vous où elle s’arrête ?” “Je crois qu’elle a atteint Domino’s Pizza, dépêchez-vous !” Trop tard, elle venait déjà de dépasser McDonald’s.

Même à l’entrée des journalistes, il fallait déployer des trésors de ruse pour être certain d’accéder aux tribunes presse. Se faire passer pour un correspondant d’un grand quotidien étranger. Forcer son accent. Etre poli, mais ferme. Et sourire largement.

Au final, pas de drame, tout le monde a pu entrer. Pays de l’efficacité. 35.000 à 40.000 personnes selon les organisateurs ET la police. Pays du consensus. Barack Obama a démarré son discours à l’heure, voire 3 minutes en avance. Pays de la ponctualité. On avait aussi pensé aux citrouilles au pied du pupitre, l’intéressé à vivement apprécié. Pays de l’entertainment.

Un discours de 33 minutes, rodé, sans surprise, qui, au terme d’une interminable campagne, tend à s’essouffler. “Vous ne voulez pas en reprendre pour 4 ans ? Dans 5 jours, changeons la face de l’Amérique !” Barack Obama n’a plus besoin de se forcer : devant une foule exaltée, la mayonnaise prend, et c’est émouvant.

Suite de la gallerie photo :

Plus d’infos »

Et si la moitié blanche d’Obama l’empêchait de voter pour lui-même ?

On glose beaucoup en ce moment sur la portée de l’”effet Bradley” dans les urnes le 4 novembre. “Effet Bradley”, pour les nuls : des électeurs blancs affirment aux sondeurs qu’ils voteront pour Barack Obama pour ne pas paraître racistes mais dans le secret de l’isoloir ils choisiront John McCain parce que candidat blanc. Jon Stewart, le génial présentateur de l’émission politique satirique “The Daily Show“, a posé cette question à Barack Obama mercredi soir : “Votre mère vient du Kansas, elle est blanche ; votre père est Africain : vous n’avez pas peur que dans l’isoloir, votre moitié blanche soudainement décide ‘non, je ne peux pas faire ça !’ ?” Ce à quoi Obama a répondu avec beaucoup d’ironie, bien décidé à montrer qu’il n’attache aucune importante à cet “effet Bradley” : “Oui, vous avez raison, c’est un vrai problème. Je suis d’ailleurs une thérapie pour être certain de voter comme il faut le 4 !“.

Extrait de l’interview sur “Huffington Post

L’interview, exclusive, faisait suite à la demi-heure de spot publicitaire que Barack Obama s’était offerte en prime time sur les plus grandes chaînes de TV, pour la rondelette somme de 3 millions de dollars (5 millions, disent même certains experts). Loin du ton lyrique et compassionnel de son spot (une vraie guimauve, l’indigestion guettait), Barack Obama a joué le jeu du “Daily Show” : décontract, drôle et grinçant. A Jon Stewart qui lui rappelait que certains s’inquiètent fortement du “socialiste” Obama (un très gros mot ici, comme “marxiste”, “terroriste”, “sorcière”…), Barack a fait cet aveu : “A l’école maternelle déjà, je partageais certains jouets avec mes copains, c’est clairement un signe prouvant mes activités subversives“.

Jon Stewart, qui n’en rate pas une, lui a enfin posé cette question : “Quand vous êtes parti en campagne il y a deux ans, le pays ne ressemblait pas tout à fait à celui qu’il est aujourd’hui. Devant la situation actuelle, vous ne vous dites pas ‘Non merci, je n’en veux plus’, un peu comme si vous réclamiez une voiture neuve ?” Là, Barack Obama a repris tout son sérieux et sa solennité : “Non, je me dis que c’est le moment idéal pour devenir président”.

Ca m’a rappelé la couverture de Newsweek qui titre cette semaine : “Cauchemar sur Pennsylvania Avenue” (l’adresse à Washington de la Maison Blanche). En effet, devant les problèmes, graves et nombreux, que rencontre le pays, pas sûr que le prochain président fassent souvent de beaux rêves.

On s’affiche !

Ici en politique, rien n’est décidement comme chez nous. Alors qu’en France, le sentiment partisan est une affaire très privée (avez-vous la moindre idée de ce qu’a voté votre voisin en 2007 ?), aux Etats-Unis, on s’affiche au grand jour, devant sa porte. Il suffit d’une petite balade dans les rues de n’importe quelle ville pour le constater. Bon, je vous l’accorde, sur cette photo, c’est particulièrement exagéré. On ne peut même plus faire griller les burgers dans le jardin. De toute façon, John McCain ne serait pas convié au pique-nique.

Pour info, Robin Carnahan (au deuxième plan) est la candidate démocrate au poste de secrétaire d’Etat dans le Missouri. Le 4 novembre, on ne vote pas seulement pour le candidat à la Maison Blanche mais aussi pour les élus locaux, certains référendums et renouveler en partie le Congrès à Washington. En attendant, ce sont les citrouilles d’Halloween qui trinquent.