La confiance règne !

Désormais, quand Europe 1 annonce des morts, la presse se méfie ! Après la bourde de la station sur le décès, démenti plus tard, de l’animateur télé Pascal Sevran, l’Agence France Presse a rechigné à “reprendre” le scoop qu’Europe 1 détenait hier à propos de la mort au Tchad de Pascal Marlinge, chargé de mission de l’association humanitaire Save the Children. Europe 1 le savait dès 15h, grâce à un contact humanitaire proche de la rédaction, l’annonçait à 17h à l’antenne, après recoupement de l’information. L’AFP a attendu 17h30 pour publier la dépêche, avec comme source un communiqué officiel de Bernard Koucher, ministre des Affaires étrangères, et non Europe 1.

Réaction des journalistes de la station, mi-amers, mi-amusés, à la lecture du fil AFP : “Maintenant, avant qu’on nous cite, il va faire chaud !“.

Des jeunes gens bien sous tous rapports

Chouette ! La semaine politique se réveille à Europe 1 ce jeudi 1er mai à l’occasion du traditionnel défilé du Front National à Paris et du discours de son chef, Jean-Marie Le Pen. Me voilà donc chargé par la rédac’ de recueillir les propos de jeunes militants et sympathisants frontistes sur les perspectives d’avenir du FN, suite aux propos controversés réitérés de Jean-Marie Le Pen sur le “détail” des chambres à gaz (interview vendredi dernier dans le magazine “Bretons” qui s’offre là un joli coup de pub). On m’avait averti des possibles dérapages violents de manifestants à l’encontre des journalistes. L’an dernier, une consoeur de la station s’était fait violemment bousculer dans le cortège. Prudence et vigilance, donc !

Pourtant, je n’ai eu aucun mal à approcher les jeunes militants. Bien sûr, il y avait des crânes rasés au regard repoussant. Des refus catégoriques de s’exprimer au micro d’un reporter. Mais ce qui m’a frappé c’est au contraire la “normalité” de l’immense majorité des jeunes qui m’ont parlé. Des gens élégants, souriants et polis. Violents dans leurs convictions voire dans leur propos (”deux ans sur des milliers d’années, oui j’appelle ça un détail de l’histoire“, entendu à propos des chambres à gaz) mais très calmes dans la discussion. Et loin d’être cons. Oui, en apparence, ils auraient pu être mes potes. Voire des flirts. Jolies filles, beaux garçons, bourrés de charme.

Au fond, c’est peut-être ça, le plus triste dans ce cortège du 1er mai. Comment ces jeunes gens à l’apparence fréquentable ont pu perdre toute espérance pour trouver refuge dans les valeurs de haine pronées par le Front national ? On le sait, c’est quand il devient banal que le mal est le plus dangereux. Car il est facile de tomber dans le panneau en donnant à ces jeunes gens le bon Dieu sans confession.

Au zoo de Vincennes, euh… à l’Assemblée nationale

C’est l’exercice obligé du mardi après-midi pour le service politique de toute rédaction consciencieuse : la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Bien que le déplacement prenne l’allure d’une corvée pour le journaliste d’Europe 1 que je suis invité à suivre ce jour-là, j’étais très excité à l’idée de fouler la fameuse salle des 4 colonnes où la presse rencontre l’amusante faune des parlementaires.

2 colonnes sur 4, c’est déjà pas mal

Faune, oui, c’est l’impression que donne l’observation de l’hémicycle depuis les hauteurs des tribunes de presse que j’ai empruntées. L’arrivée du président de l’Assemblée a beau s’accompagner des roulements de tambours et des saluts des gardes républicains, à l’intérieur, point de politesse et d’élégance parmi les députés. Ca se lance des noms d’oiseaux (combien de “Ta gueule !” lâchés en 1h30 ?), ça siffle, ça applaudit aussi, mais d’applaudissements frénétiques, destinés à soutenir son poulain et intimider l’adversaire. Contrairement aux images à la télé où on croit voir un ministre répondre à une assemblée relativement attentive, un brouhaha persistant vient polluer les débats. Et que dire des va-et-vient incessants des parlementaires (Jean Tiberi qui arrive très en retard, s’asseoit à côté de Dominique Perben qui en profite pour se décaler, alors que Jean-François Copé sort passer un coup de fil), des mots échangés au voisin, des pages politiques du “Monde” grandes ouvertes sur les tablettes, des SMS rédigés… On savait les représentants de la nation indisciplinés, mais le spectacle reste surprenant !…

Dans ce zoo politique, un débat parvient à capter un peu plus l’attention, le RSA, revenu de solidarité active, que Laurent Fabius, malin comme un singe, transforme ironiquement en “revenu de solidarité absente” aux oreilles du Haut Commissaire Martin Hirsch, qui excelle à défendre son bébé. Echange musclé entre le gouvernement et l’opposition socialiste, le premier se vantant de mettre enfin en place le RSA quand la gauche n’en fait qu’un “sujet de colloque”, la seconde s’interrogeant sur le coût (prononcé avec coquetterie “coûte” par Laurent Fabius) et accusant l’exécutif de vouloir couper dans la prime pour l’emploi (PPE) pour financer le RSA, en gros de “déshabiller Pierre pour habiller Paul” selon le mot d’Arnaud Montebourg, animal politique en parade.

Enfin, pas de quoi fouetter un chat, la routine quoi, d’ailleurs les médias plient bagage avec la mine de ceux qui rentrent, un mardi de plus, bredouilles du safari

fais pas la tronche, ça viendra…

Dialogue avec mon scénariste

J’ai eu la chance de rencontrer il y a une dizaine de jours déjà Agnès de Sacy, scénariste, entre autres pour Zabou Breitman (L’Homme de sa vie, sorti en 2006, et le prochain actuellement en tournage) et Valeria Bruni-Tedeschi (Il est plus facile pour un chameau…, 2003, et Actrices, 2007). Elle est également membre du groupe élargi du Club des 13, ce club de 13 professionnels du cinéma emmenés par Pascale Ferran, la réalisatrice du très beau Lady Chatterley (2006), auteurs d’un rapport alarmant sur la situation du cinéma français. Ce rapport, en vente en librairie (éditions Stock), pointe la disparition progressive et inquiétante des films dits “du milieu”, ces films qui se situent entre le cinéma d’auteur à très petits budgets et les grosses productions commerciales, bref ces films qui ont fait la force et la renommée du cinéma français avec ses auteurs à la fois populaires et exigeants comme François Truffaut, Claude Sautet, Jacques Demy…

Ce rapport dénonciateur est aussi (c’est même sa force) un remarquable travail de pédagogie, soucieux d’expliquer en détails les rouages de la fabrication d’un film, de l’écriture jusqu’à l’exploitation en salles. Et l’écriture, justement, occupe un chapitre entier, avec ce constat très sombre qu’en France, le scénario est le parent pauvre de la production cinématographique. En moyenne, moins de 2% du budget d’un film est consacré à cette étape pourtant cruciale. Le Club des 13 aimerait voir cette part grimper jusqu’à 5% et préconise de consacrer exclusivement au scénario une part importante du fonds de soutien versé par le CNC (Centre national de la cinématographie).

Mais au-delà du manque de moyens consacré à l’écriture, c’est surtout un manque de reconnaissance que subit la profession de scénariste, une profession qu’Agnès de Sacy défend avec passion dans cette interview de 5 minutes (après montage) enregistrée un vendredi matin au café Le Wepler, place de Clichy à Paris.


Europe 1 au bord de la crise de nerfs

Ca continue de gronder à Europe 1 ! Après l’affaire Pascal Sevran, le site lnternet du journal “Le Point” (lepoint.fr) révèle la nouvelle “vindicte” des journalistes de la station après que leur patron, Jean-Pierre Elkabbach, a imposé à la rédaction une interview “exclusive” de Christian Poncelet, en direct de Pékin jeudi 24 avril dans le journal de 13h. Le président du Sénat y était en effet envoyé par l’Elysée pour faire part au président chinois Hu Jintao du message de Nicolas Sarkozy destiné à réchauffer les relations France/Chine après le fiasco du passage de la flamme olympique à Paris et les manifestations anti-françaises dans plusieurs villes chinoises. L’interview, qui dure plus de trois minutes (un tunnel rarissime dans le format très court du journal), a été analysée par de nombreux journalistes comme une tribune complaisante offerte à Christian Poncelet, qui se trouve par ailleurs être l’employeur de Jean-Pierre Elkabbach sur Public Sénat. Son mandat à la tête de la chaîne arrivant en effet à terme à la fin de l’année, des voix s’élèvent pour dénoncer la confusion des intérêts du patron d’Europe 1.

Jean-Pierre Elkabbach s’en défend sur lepoint.fr, affirmant que l’info ce jour-là c’était sans conteste la rencontre entre Christian Poncelet et Hu Jintao. D’ailleurs, explique-t-il, “ses propos ont ensuite fait le tour du monde comme premier signe d’ouverture de la Chine“. Avant d’asséner cette leçon de journalisme à sa rédaction : “Refuser un tel entretien ou s’en plaindre serait une faute et une méconnaissance de la Chine, de la géopolitique à un moment crucial. Je ne veux pas croire que des professionnels puissent la refuser. S’il s’agit de vindicte, elle aveugle, elle rend sourd et elle fausse le jugement. C’est à Pékin que s’est écrit, ce jour-là, l’Histoire“.

Pourtant, à l’écoute, il est permis de douter de l’intérêt journalistique de l’interview. Christian Poncelet n’y dévoile pas le contenu du message de Nicolas Sarkozy à Hu Jintao, qualifié de “personnel“. A la question du journaliste sur l’éventuelle non participation du président français à la cérémonie d’ouverture des JO à Pékin, Christian Poncelet affirme que le sujet n’a pas été abordé. Enfin, il termine avec une formule convenue sur le rôle du sport pour rassembler l’effort des deux parties, française et chinoise. Merci Christian !

En attendant, il n’y a eu presque aucune reprise de l’interview par les médias français, relativisant “l’info exclusive” défendue par Jean-Pierre Elkabbach, et à Europe 1, on grince des dents…

Une semaine de scoops à Europe 1

Enfin de retour sur mon blog, après plus de deux mois d’absence, ok aucune excuse, ça ne va pas du tout, il va falloir que je me discipline… Le stage d’observation d’une semaine que je m’apprête à suivre à Europe 1 me donne l’occasion de reprendre les affaires ! Oui, je profite de ma semaine de vacances pour aller squatter le service politique de la radio de la rue François 1er, dans le 8ème à Paris, du 28 avril au 2 mai.

J’ai bien choisi le moment : la tension est au plus haut entre les journalistes et le patron de la station, Jean-Pierre Elkabbach, après que celui-ci a fait annoncer, par erreur, la mort de l’animateur de télé Pascal Sevran, lundi 21 avril à 19h. Ce matin, lors de notre conférence de rédaction quotidienne à Sciences Po, Nicolas Beytout, le fringant ex-patron du Figaro, estimait qu’il s’agissait là d’une “faute professionnelle grave“. D’autant plus incompréhensible que, l’info fût-elle exacte, il n’y avait vraiment pas de quoi se précipiter pour être le premier à lâcher un tel “scoop”..

Jean-Pierre Elkabbach a lui-même reconnu dès mardi “la première grande faute de (sa) carrière“. Avec cette petite nuance : “J’assume personnellement une erreur collective“, qui n’a pas été du goût des journalistes de la station. Ceux-ci, par le biais d’un communiqué de la Société des rédacteurs (SDR), n’ont pas tardé à réagir : “Il apparaît que la responsabilité de Jean-Pierre Elkabbach est directement engagée dans cette annonce erronée. Il apparaît que lui seul a été le donneur d’ordre. Il a transmis l’information et ordonné qu’on la diffuse“.

Ironie de l’histoire : Jean-Pierre Elkabbach avait annoncé le 11 avril dans La Croix la création d’un comité d’éthique à Europe 1. Pour quoi faire ? “la part du vrai et du faux, de l’annonce et du ragot, du savoir et de l’opinion“. Vivement la réunion du comité, donc !

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Jean-Pierre Elkabbach, patron d’Europe 1 (source : nouvelobs.com)

En attendant, je suis passé cet après-midi faire un tour de la rédaction d’Europe 1, dirigée par Benoît Duquesne, qui présente par ailleurs “Compléments d’enquête” sur France 2. Les journalistes paraissent jeunes, la mine accueillante, les locaux sont agréables, bref j’ai hâte de commencer lundi. Il faut dire que j’ai un parrain de choc : Karim Rissouli, journaliste politique d’Europe (ne pas prononcer le “1″ pour avoir l’air dans le coup) qui a été un super prof de radio à Sciences Po.. Et par ailleurs membre très actif de… la SDR !

En mode “MuniParis” avant… “mai 68″ !

Pour les quelques lecteurs qui me suivent, je ne blogue (temporairement) plus que pour MuniParis, hébergé sur lemonde.fr où je couvre (à plein temps !) la campagne des municipales à Paris avec mes collègues étudiants en journalisme de Sciences Po. Je m’occupe plus particulièrement de l’actualité des 12ème et 17ème arrondissements (avec quelques échappées dans le 9ème).

A noter également que nous lançons dans quelques jours un nouveau blog, consacré à l’héritage de mai 68. “baptiste comme journaliste” est donc en mode “traversée du désert”, mais je compte bien y revenir dès que le temps me le permet !

A bientôt

12ème : “M. Cavada veut bien vous répondre, mais après la campagne”

Court entretien téléphonique avec Mme Chatrier, qui gère la communication du candidat Cavada (apparenté UMP)

- Allo? Bonjour, je suis journaliste pour MuniParis, je cherche à joindre Jean-Marie Cavada depuis plusieurs jours…

- Ah oui, j’ai bien eu votre mail. M. Cavada pourra vous répondre, mais après la campagne. Vous comprenez que son agenda est surchargé…

- Euh… C’est-à-dire que nous réalisons un blog spécialement consacré à la campagne des municipales à Paris. Il serait donc plus utile de le rencontrer avant les élections..

- Ah oui je comprends bien.. Mais bon là, c’est tout à fait impossible.. Ca prendrait combien de temps ?

- S’il est vraiment indisponible, un quart d’heure fera l’affaire, le temps d’avoir un son et quelques images..

- Et que voulez-vous lui demander ?

- Vous savez que j’ai déjà interviewé ses adversaires Michèle Blumenthal et Corinne Lepage. Il serait bon que les lecteurs de MuniParis, de plus en plus nombreux, entendent ce qu’il a à dire.

- Sur quoi vous les avez interrogés ? Il faudra que ce soit les mêmes questions, vous savez..

- Ecoutez, nous avons abordé plein de sujets.. Je pourrais par exemple commencer par lui demander ce qui lui déplaît actuellement dans le 12ème..

- Je vous dis tout ça parce que c’est important d’organiser les équipés..

Les “équipés” ?… Changer de sujet plutôt qu’être désobligeant..

- Au fait j’ai vu que Jean-Marie Cavada organisait une visite de terrain samedi matin dans l’arrondissement. Vous pouvez me dire où c’est ? Je pourrai en profiter pour le voir à ce moment..

- Non je ne sais pas où c’est.. Bon, écoutez, je prends votre numéro de téléphone et je vous rappelle dès que j’en sais un peu plus.. Oh et puis là j’ai besoin de 5 oreilles pour répondre à tout le monde, allez, au revoir, bonne journée..

Contrairement à ce que veulent faire croire certains de nos commentateurs, MuniParis est non partisan et reste soucieux d’apporter la contradiction à Michèle Blumenthal (candidate PS) dont la voix a déjà été largement relayée sur ces pages. A défaut de Jean-Marie Cavada, que nous ne désespérons pas de rencontrer, MuniParis a tendu son micro à Françoise de Panafieu, croisée dimanche matin rue des Martyrs, dans le 9ème.

Alors Mme de Panafieu, confiante pour l’arrondissement-clé du 12ème ? Réponse peu convaincue de l’intéressée :

Suite à un problème technique sur le blog, le son se diffuse légèrement au ralenti. N’y voir aucune parodie de mauvais goût sur la personne de Françoise de Panafieu.

12ème : Michèle Blumenthal, l’anti-star qui fait la nique à la “politique-spectacle”

L'image “http://mairie12.paris.fr/repository/N61/N617379757/N1972341214.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.59% au second tour ! Michèle Blumenthal (maire sortante PS du 12ème) est donnée largement gagnante face à Jean-Marie Cavada (UMP) et Corinne Lepage (Modem) selon un sondage publié cette semaine (voir le post de Julien). Pourtant, c’est un euphémisme de dire qu’elle ne fait rien pour tirer la couverture (médiatique) vers elle. Il faut voir la moue qu’elle fait (pour ne pas dire la tronche qu’elle tire) quand, à la sortie de son meeting de présentation du projet pour le 12ème ce jeudi 31 janvier, MuniParis lui demande une courte interview. Chaque question semble lui infliger une immense souffrance. A chaque réponse balbutiée maladroitement, ce même regard désemparé, ces bras qui lui tombent lourdement, cette envie d’en finir au plus vite. Michèle Blumenthal ne dit rien à la presse, s’enfuie devant les micros tendus. D’ailleurs les médias, elle s’en fiche. Alors MuniParis… (bon, quand même, son site de campagne renvoie fièrement vers nos posts publiés ici, son attachée de presse fait du bon boulot).Elle parle des crottes de chien avec une aisance troublante !

Les ambitieux peuvent dormir tranquille : il ne fait pas de doute que Michèle Blumenthal n’a aucune visée plus large que le 12ème. Avec elle, on a affaire à du local, du vrai. Née à Roubaix (origines nordistes que laisse trahir son apparence “dure comme un roc”), elle vit dans l’arrondissement depuis 30 ans et rien ne l’intéresse d’autre que le 12ème. Répondre sur les marchés aux préoccupations quotidiennes des habitants, c’est son dada ! “Ma stratégie de campagne, c’est d’être au plus près des gens“, affirme-t-elle, croyant offrir au journaliste un scoop. “Stratégie”, un bien grand mot au fond pour celle qui ne fait qu’être elle-même. Incapable de tenir son auditoire sur des questions de politique parisienne générale, elle excelle à apporter des solutions concrètes sur chaque carré de trottoir. Elie Cohen, économiste, qui a participé à l’une de ses réunions-débats sur l’innovation (voir précédent post), ironise en privé : “Elle parle des crottes de chien avec une aisance troublante !

Plus étonnant encore, son détachement non feint quant à ses poids-lourds d’adversaires que forme le ticket Cavada/Lagarde. Là aussi, ça lui passe franchement par-dessus la tête. C’est tout juste si elle a entendu parler d’eux : “Je ne sais pas pour les autres. Ca doit être des visions différentes des choses“. Point. Merci Michèle ! Il est amusant d’imaginer comme l’UMP doit être sur les nerfs de constater, qu’après des semaines d’analyse stratégique pour choisir les candidats estimés les plus “pros” pour arracher l’arrondissement-clé à la gauche, Blumenthal avance, solide comme un bloc, sans même s’en apercevoir.

D’autant que l’UMP s’est déjà cassée les dents aux dernières législatives dans le 12ème avec le parachutage raté du médiatique avocat Arno Klarsfeld. “C’est caricatural de la politique-spectacle dont plus personne ne veut” commente Alexis Corbière, adjoint à l’éducation pour le 12ème. “Je ne pense pas que Cavada ait envie de se cogner le boulot au quotidien de construction de logements, c’est pas son truc, ça se voit à quel point ce type n’est pas fait pour être maire, ça en devient grotesque“. Alors que Michèle, elle… “Que Michèle n’ait pas la carrure pour animer une émission de télé en prime time, aucun doute, mais Michèle à la carrure pour être la maire du 12ème“, ajoute Alexis Corbière.

En attendant, Cavada est un sujet inépuisable qui fait beaucoup rire dans les meetings du PS. Manifestement peu présent pendant cette campagne (il n’y a qu’à voir la difficulté à le rencontrer), l’ancien journaliste est décrit comme cet “homme à l’écharpe bleue que l’on croise parfois le dimanche au marché” et que les vieilles dames confondent avec Jacques Chancel. Pas de doute, on ne confondra pas Michèle Blumenthal avec Anne Sinclair.

Municipales Paris : Vendredi soir, c’était apéro de proximité avec Michèle Blumenthal (12ème, PS)

Michèle Blumenthal ne cesse de le répéter : elle mène “une campagne de terrain”. Il n’y a qu’à voir son agenda des municipales : rempli de “café-rencontres” dans le 12ème. Et si on allait taper la discute avec la maire (PS) sortante autour d’un kir ? Chiche !
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Dans le petit café “l’Edelweiss”, entre Bercy et le Cour Saint-Emilion, une vingtaine d’habitants du quartier s’est attablée et attend que leur maire, femme robuste de 64 ans, entourée de ses colistiers, prenne la parole. Oh, ils la connaissent bien, Michèle. La plupart d’entre eux fréquente assidûment les conseils de quartier emblématiques de la mandature Delanoë. Les réunions, les séances de questions, les compte-rendus : ils sont rompus à l’exercice. Certains se reconnaissent et s’en félicitent. On est même parfois voisins. Ce petit monde paritaire (une dizaine de femmes, bavardes, pour autant d’hommes, discrets), plutôt actif (peu de retraités et d’étudiants) et socialement mixte, écoute attentivement l’exposé un peu ennuyeux de Madame le Maire pendant que circule la commande. Le kir, donc, arrive en tête des croix.

Dès que la parole est libérée, les mains se lèvent dans un combat poli pour la prendre. A ce petit jeu, une femme à la voix claire et forte excelle, carnet de notes à l’appui, au point qu’il faudra lui demander d’attendre que chacun ait posé sa question avant de revenir vers elle. C’est Christian Sautter, numéro 2 sur la liste Blumenthal, actuel conseiller de Paris et médiateur bourré d’humour, qui le dit. Bon alors d’accord. C’est toujours à ce moment qu’un intervenant, en l’occurence une femme d’origine libanaise, se lance dans une diatribe insolite qui a peu à voir avec l’objet de la rencontre. La femme se lève et prend vigoureusement Michèle Blumenthal à partie, l’accusant d’avoir laissé le Maire de Paris accrocher dans le parc Yitzhak Rabin le portrait de trois soldats israéliens prisonniers au Liban et dans les Territoires palestiniens, sans soutenir en retour Salah Hamouri, “étudiant franco-palestinien détenu en Israël depuis le 13 mars 2005“. Elle s’emporte, rappelle les mots de Nicolas Sarkozy (”J’irai chercher les Français où qu’ils se trouvent“) et son soutien à Ingrid Betancourt. “Vous affichez ce portrait à côté des autres“, ordonne-t-elle à Michèle Blumenthal qui prend la photo qu’on lui tend sans résistance. Le portrait est distribué à une assistance mi-amusée, mi-irritée, qui reçoit en prime une dissertation sur le conflit au Proche-Orient. “Bon, de toute façon on ne peut rien y faire, est-ce qu’on peut revenir au 12ème ?“, s’agace la femme au carnet de notes.

J’entends tout le temps parler de logement social. Ne faites pas de Bercy un ghetto!

Un homme costard-cravaté prend la parole, en précisant qu’il vient ce soir “en tant que démocrate“. Voilà : il trouve que “la mixité sociale dans le quartier est réussie” et c’est pour cela d’ailleurs que le 12ème “commence à être mondialement connu“. Mais il s’inquiète, “au nom de cette mixité sociale justement“, d’entendre le terme “logement social” comme un refrain dans la bouche de sa candidate. “Attention à ne pas faire de Bercy un ghetto ! Pensez aux fonctionnaires qui ont des revenus confortables !Michèle Blumenthal et ses colistiers rient, l’un d’eux glisse à l’oreille : “elle connaît bien la situation !” Le maire est professeur d’histoire-géographie en lycée, et “ne compte pas faire du quartier un ghetto, rassurez-vous. Le logement social recouvre une réalité très diverse, ce n’est pas forcément ce que vous croyez“.

La discussion glisse vers “les jeunes” dont le comportement exaspère de plus en plus certaines mères de famille présentes. Selon elles, ces jeunes n’ont pas d’occupation, ils trainent, dans la rue et les cages d’escalier, et donc dérangent. “Quand seront-ils encadrés ?” se demande-t-on. Laurent Touzet, de la liste Blumenthal, annonce l’inauguration prochaine de nouveaux équipements sportifs dans le quartier, dont un gymnase. “Mais sont-ils seulement assez courageux pour faire du sport ?” demande une dame âgée, perplexe. “Mais oui, il faut leur donner un ballon à ces gosses” s’exclame Christian Sautter. “Il existe déjà beaucoup de choses pour eux, mais les jeunes ne sont pas à la recherche de l’information, c’est ça le problème !” s’agace une autre. Laurent Touzet redouble d’efforts. “Il y aura aussi un centre associatif encadré par des éducateurs, donc des professionnels“. Chacun convient dans l’assistance qu’au fond “ce sont les parents qui ne font pas leur travail“.

Une femme saisit au vol la parole, elle doit partir. Elle se plaint du bruit la nuit causé par les livraisons du supermarché en bas, alors qu’on lui avait promis que cela cesserait. C’est là qu’intervient à nouveau la défenseuse de Salah Hamouri, pour dire qu’elle habite la même rue et qu’elle, elle n’entend strictement rien. “Ah bon ? Pourtant c’est insupportable !” répond la première. “C’est bizarre, quand même !” relance la seconde. Christian Sautter n’a pas son pareil pour mettre tout le monde d’accord. “C’est cela, vos fenêtres ne doivent pas donner du même côté !“.

Si la droite passe à Paris, vous aurez la Défense !

On évoque les plaques de métal qui se dessoudent dans le roller park, le maintien de la Foire du Trône sur la pelouse de Reuilly, la “Gazette de Bercy” qui ne doit pas disparaître. Et puis, c’est au tour de la femme très bavarde de reprendre la parole. Elle s’inquiète de la possibilité de construire des tours de 15 étages dans le quartier. Michèle Blumenthal dément mollement la rumeur mais semble préparer le terrain avec un argumentaire qu’elle veut convaincant. “Une réflexion intéressante est menée avec les architectes. Ces derniers ont carte blanche pour réaliser des projets originaux, des “éco-quartiers”, des logements “Haute Qualité Environnementale” à toits photovoltaïques, des bâtiments du 21ème siècle et même plus !” A sa mine, la femme paraît sceptique. Trouvaille de Michèle Blumenthal : “Mais rassurez-vous, rien ne sera décidé sans votre consultation“. C’est exactement ce qu’elle voulait entendre. D’ailleurs, son visage se décontracte. “Ah, donc on sera consulté sur les tours. Alors ça va“. Laurent Touzet revient à la charge “Personnellement, je trouve ça très stimulant de voir des projets innovants à l’étude. On réfléchit à des bâtiments qui mêlent logements et activités à chaque palier“. Christian Sautter, ancien ministre de l’Economie, est le plus habile : “Si la droite passe à Paris, vous aurez la Défense ! Ce sont deux conceptions de l’urbanisme qui s’oppose : d’un côté, un quartier de vie avec des logements, des espaces verts et des activités, de l’autre, un quartier de bureaux où il ne se passe rien après 18 heures !“.

Avant de se quitter, la femme au carnet de notes lance une initiative. “Est-ce qu’on peut faire une mailing list pour faire passer les informations recueillies dans ces réunions ?Michèle Blumenthal n’a qu’à bien se tenir au café : la proximité n’a pas dit son dernier mot.